Travailler son espace dans un monde qui tourne fort PDF Imprimer Envoyer
Spectacles - Musique
Écrit par Philippe Rezzonico   
Lundi, 08 février 2010 22:46
Mise à jour le Lundi, 08 février 2010 23:14

Quand j’entre dans le petit café de la rue Saint-Hubert, Vincent Vallières est déjà attablé et il est le premier de nous deux à saluer l’autre. Béret de laine sur la tête, étui de guitare posé sur le sol, sourire engageant comme de coutume : Vallières se fond dans ce décor tel ce lézard qui évoque l’une de ses anciennes chansons.

De mémoire, que ce soit pour une sortie d’album ou une rentrée montréalaise, je n’ai aucun souvenir d’avoir rencontré Vallières pour un entretien ailleurs que dans des cafés de quartier, fréquentés principalement par une faune très locale. Vincent, on ne l’imagine pas au café branché du coin. À preuve, il commande un thé vert alors que le journaliste opte pour un cappuccino.

On pourrait presque dire que ce hasard des rencontres n’en est pas un en soi. Vallières, c’est le genre de type qui aime être proche des gens. Pour leur parler, les observer, communiquer avec eux. On peut tracer un parallèle entre ses choix de lieux de rencontres – ce sont toujours les artistes qui décident du site de l’entrevue – et son approche de la scène : aller droit au but dans la livraison et établir un véritable contact avec les fans.

Celui qui fera jeudi soir au Métropolis la rentrée montréalaise de son excellent disque Le monde tourne fort privilégie cette approche… bien avant la rentrée. Aller au devant du monde, c’est son truc, en dépit d’une timidité latente.

Vincent Vallières prépare sa rentrée montréalaise au Métropolis jeudi. Photo Annik MH de Carufel

« On a peut-être joué une dizaine de spectacles aux alentours du temps des fêtes, dont le show du 31 (décembre) avec les Cowboys fringants, dit-il. C’est pas mal le même procédé depuis trois disques. On part en tournée. Il n’y a rien de déterminé, histoire de voir la vibe sur la scène et celle des gens. Et ça se place… Tranquillement. Cette portion de tournée nous a permis de voir que les gens connaissent les chansons. Qu’elles se sont rendues jusqu’à eux. »

Personnalité bien définie

À la fin janvier, on a croisé Vallières à la première montréalaise de Dumas, au National. Durant le spectacle, alors que Dumas faisait exploser la salle, je lui avais glissé à l’oreille que c’était pas mal plus électrique qu’une première de Vallières. Fou rire partagé.

L’ami Vincent était là pour des tas de bonnes raisons, mais pas pour jouer le jeu des comparaisons.

« Je veux continuer à faire ce que je fais depuis des années, mais aller une coche plus haut, peaufiner, aller plus loin, dit-il. Plus on vieillit, plus nos personnalités se définissent, tant comme auteur-compositeur que comme performeur. Quand tu vas voir les autres, tu dis : « Lui, c’est ça. C’est son sillon. C’est sa force. » Et là, tu comprends que la tienne, ce n’est pas ça. C’est autre chose.

« Depuis Chacun dans son espace (2003), je raconte des histoires. C’est là que des monologues se sont ajoutés en cours de route. Le repaire tranquille (2006) a poursuivi dans cette veine. Des histoires avant, pendant ou après les tounes. »

Des histoires avec lesquelles les amateurs peuvent souvent se définir, tant Vallières n’a jamais joué au jeu de la rock star. À bien des égards, il est comme eux, avec une famille – maintenant nombreuse – et un travail accaparant, mais qui est simplement différent de celui d’une bonne tranche de la population.

L’évolution dans la salle

« Comme dans n’importe quelle relation de couple, l’important, c’est de garder la flamme, tant pour le groupe que pour le contact avec les gens. Il y a des spectateurs qui me disent : « Je t’ai vu à ta première et à ta deuxième tournée. Maintenant, il faut que l’on trouve des gardiennes pour venir te voir », dit celui dont le premier disque remonte à une décennie. Tu sais, la vie du spectateur évolue comme celle de l’artiste. Toi, ta vie de performeur change au cours des ans, mais la vie de la personne qui te suit change aussi. Elle passe de l’école au marché du travail, de l’appartement à la maison...

« C’est là que la scène prend tout son sens. Dans cette zone-là, il faut être capable de faire voyager ton monde sans prendre rien pour acquis. Le public, il peut te glisser entre les doigts n’importe quand. La façon de remédier à ça, c’est de se mouiller chaque fois que tu es sur une scène. Bien sûr, il y a des canevas qui existent et que tu connais parce que tu les as travaillés depuis longtemps, mais il faut aller au bout de ce trip-là afin de surprendre le spectateur. La scène, c’est un partage et il y a aussi un élément de générosité.

« Cette relation – avec le public - me fascine plus que jamais, surtout à l’époque qu’on traverse. Quand on se rassemble autour de quelque chose, que ce soit des chansons ou n’importe quoi d’autre. »

L’autre bord de la clôture

Et si Vallières adore sa position privilégiée d’artiste qui peut dialoguer avec son public, il sait que la meilleure façon de savoir ce que ressent ce dernier est de se transformer en spectateur.

« C’est le fun aller voir les shows des autres, mais c’est surtout le fun de vivre le processus inverse. C’est-à-dire, toi, l’artiste, te préparer pour aller voir un show : trouver une gardienne, trouver un stationnement, aller au resto et aller au show pareil, même s’il neige… »

Autant Vallières trouve du plaisir à jouer ce rôle de spectateur, autant il estime qu’il est primordial que les artistes se déplacent dans les salles.

« Pour que la culture existe, il faut que tout le monde s’en mêle. Tu fais ton show et tu veux que les gens viennent te voir, mais tu ne vas jamais voir personne et tu n’achètes jamais les disques des autres ? Ça ne marche pas ! Il faut que ça fonctionne des deux bords. »

Et il sait qu’il aura une sacrée belle occasion de mesurer le transfert de passion avec son groupe jeudi soir au Métropolis, une salle dans laquelle il a déjà joué, mais jamais en qualité de tête d’affiche.

« C’est une salle exigeante. Une grande salle, mais bonne salle de rock n’ roll. À une époque, un artiste québécois voulait faire le Spectrum. Maintenant, c’est le Métropolis. Il y a ce trip-là et aussi le plaisir de se mesurer à une foule plus grande. »

http://vincentvallieres.com

Commentaires (0)

Flux RSS pour les commentaires

Affichez les commentaires

Ecrivez un commentaire

Réduire l'éditeur | Agrandir l'éditeur
security image
Entrez les caractères affichés

busy