Avec la fin de Roxy, Cathy Gauthier sort son plan B PDF Imprimer Envoyer
Spectacles - Humour
Écrit par Agnès Gaudet   
Mercredi, 20 mai 2009 18:33
Mise à jour le Mercredi, 20 mai 2009 18:59

Roxy est morte, vive Cathy! C’est pas parce qu’elle a perdu son émission à Radio-Canada que l’humoriste a perdu de sa vitalité, au contraire. «J’ai une hypothèque à payer, donc j’embraye sur le plan B», lance-t-elle avec toute la franchise qu’on lui connaît.

 
 

Le deuxième spectacle de Cathy Gauthier était prévu à l’horaire depuis longtemps, mais la principale intéressée se demandait bien comment elle ferait pour monter sur scène et jouer en même temps le rôle de Roxy.

«Je ne suis pas une pieuvre et j’aime faire les choses une à la fois», précise-t-elle.

Alors, que Roxy disparaisse de la programmation télé, après seulement un an en ondes, est pour l’humoriste un bien pour un mal.

Bien entendu que ça n’a pas fait son affaire. Cathy aurait préféré que l’aventure Roxy dure encore un peu, d’autant plus que les cotes d’écoute étaient bonnes, nous rappelle-t-elle.

«Dans son mandat de revoir son côté culturel après le Bye Bye, Radio-Canada nous a coupé l’herbe sous le pied, dit-elle. On dirait qu’à Radio-Canada, dépassé la clique du Plateau, y a plus rien de bon. C’est pourtant pas juste des intellos qui écoutent Radio-Canada. Ça prend des émissions plus légères pour décrocher de la triste réalité. Que Roxy disparaisse, c’est plate et injustifié. En plus, ça coûtait des peanuts à produire. Je voudrais bien savoir combien ça coûte produire les deux émissions de musique qu’ils (RC) diffusent et connaître leurs cotes d’écoute.»

Cathy Gauthier est de toute évidence déçue du couperet télé. Un bout de temps, elle s’est même sentie coupable de faire perdre leur job à vingt-deux comédiens, comme si c’était de sa faute si Roxy ne revenait pas. Mais elle est vite passée à autre chose et tente de ne conserver que le côté positif de l’expérience.

«J’ai maintenant fait mes preuves à la télé, dit-elle. Et puis, je me considère chanceuse d’avoir la capacité d’écrire. Je peux m’en créer une autre job, dit-elle. Je me suis toujours débrouillée dans la vie.»

La bête dans la tête

Bien débrouillée en effet. Cathy Gauthier avait écrit son premier one-woman-show à partir d’un numéro unique créé lors de ses cours à l’École nationale de l’humour. Elle n’avait que vingt et quelques années. Ce spectacle, intitulé 100% vache folle, Cathy l’a joué de 2005 à 2008, devant 60 000 personnes. Aujourd’hui âgée de 32 ans, l’humoriste écrit le second spectacle de sa carrière avec appréhension.

 

Cathy Gauthier revient avec le second spectacle de sa carrière... pour défendre les hommes. Photo Martin Bouffard

 

«J’ai hâte et je suis stressée, avoue-t-elle. Je ne dors plus. Je suis une fille extrêmement perfectionniste. Je suis en ce moment en rodage et je m’en fais pour tout.

«C’est comme s’il n’y avait que le solage de ma maison de fait et que j’arrête pas de dire que la maison ne sera pas belle!» s’exclame-t-elle.

Un deuxième show, c’est toute une bête à affronter. Cathy Gauthier le sait.

«En plus, la bête est dans ma tête, ironise-t-elle. Je l’assomme avec deux ou trois gins toniques.»

En pleine période d’écriture, l’inspiration vient à Cathy par «gros rush». De l’extérieur, rien n’y paraît. L’humoriste semble calme et détendue.

C’est en dedans que ça se passe. Quand elle fait son jogging au parc La Fontaine, il lui arrive de foncer sur les gens tellement elle est lunatique. L’autre jour, elle a pratiquement traumatisé un homme qui la saluait gentiment dans la rue, tellement le saut qu’elle a fait était gros.

C’est finalement la nuit que tout se concrétise. Quand enfin il n’y a plus rien à la télé, que le téléphone ne sonne plus, Cathy se penche sur son ordi.

«J’envoie des courriels à Avard à 1h30 du matin, dit-elle. J’ai toujours été une fille de nuit. Même petite j’avais ce beat-là. Je suis faite de même.»

L’humoriste a mille et un sujets dans la tête... et heureusement beaucoup d’amis. C’est à ces amis qu’elle demande conseil, qu’elle vérifie si ses idées les «allument». Ensuite, elle couche sur papier les prémices de ses numéros, et l’auteur François Avard tranche.

«J’amène de la roche et ensemble en essaie de la casser pour trouver de l’or dedans, décrit-elle. On trouve des filons. Parfois on croit qu’on a trouvé une mine d’or, mais le public n’est pas toujours d’accord. Pour une virgule ou un point à la bonne place, tout peut changer. C’est un travail chirurgical.»

Se faire ramasser par les féministes

Ceux qui ont vu le premier show de Cathy Gauthier savent qu’elle ne fait pas dans la dentelle. Son langage est cru, ses sujets pas du tout girly, ses gestes sont sans équivoque, comme lorsqu’elle masturbe son mec en conduisant sa voiture. Pourtant, un de ses thèmes favoris demeure le féminisme. Pas celui qu’il faut encourager, mais celui qui est allé trop loin.

«Les hommes ont perdu leur place dans la société québécoise, croit-elle, et ça engendre plein de problèmes, des suicides même. Les gars ne savent plus sur quel pied danser parce que les filles exagèrent. On les a gagnés, nos droits. C’est assez maintenant.»

Par exemple, l’humoriste a en horreur les pubs de Tim Horton où la fille refuse de donner une gorgée de café glacé à son copain, et celle de Christie quand la fille, à La Ronde, refuse de donner une bouchée de son pogo à son chum.

«Cr… c’est ton chum! Occupe-toi de lui, lance Cathy. Si on avait une pub à l’inverse où le gars fait la même chose à sa blonde, ça ferait toute une histoire. C’est aussi grotesque que le mépris des copines qui s’étonnent quand je m’en vais éplucher les patates pour le souper. Faut que je soupe moi aussi.

«On veut que nos chums nous ouvrent les portes. Mais quand ils le font, on ne dit pas merci, on dit: t’étais ben mieux! Et les filles qui veulent devenir pompières. Je leur dis: est-ce que tu veux qu’il te pousse une graine?»

Comme vous voyez, la belle Cathy ne s’est pas vraiment assagie. Ses sujets ont changé. La fille a mûri. Elle avoue même aujourd’hui que dans une vie de couple, elle ne demande rien de plus que de se faire jouer dans les cheveux en écoutant Annie et ses Hommes. Mais son langage est toujours cru, «authentique», dira-t-elle, sans jouer de game. Elle n’y peut rien et c’est comme ça qu’on l’aime. Avec les textes d'Avard qui visent «dans les dents», ça n’est pas près de changer.

«L’humour sert aussi à faire réfléchir, estime Cathy. Cette partie-là de mon show où je parle de féminisme, les gens ne se taperont peut-être pas sur les cuisses, mais si c’est un wake up call, au moins j’aurai servi à ça.

«Avant, quand j’avais vingt ans, je parlais des sorties dans les bars. Après, j’ai été en couple, je me suis calmée un peu... et j’ai épluché des patates.

«Je sais que je vais me faire ramasser par les féministes pures et dures. Mais je crois qu’on est en train de perdre quelque chose d’important, le GBS, le gros bon sens, s’aventure-t-elle. Ma mère, qui est mariée depuis 51 ans, a toujours dit: Souvent, mon vin a goûté l’eau. Nous, on ne fait aucune concession. Tout est devenu jetable, même notre chum.»

Un truck peint en rose

Cathy Gauthier est la seule fille à faire de l’humour sur scène au Québec en ce moment, si on exclut Véronic DiCaire, qui verse davantage dans l’imitation. C’est que ça prend plus que du courage pour se «garrocher dans la gueule du loup». Ce petit bout de femme blonde estime que c’est parce qu’elle est pleine de «testostrogène».

«Je suis un truck peint en rose, dit-elle, ajoutant qu’il faut des couilles pour faire de l’humour. J’en ai depuis que je suis petite. Dans le temps, on me demandait souvent si je m’appelais Steve – le nom de mon cousin –. J’avais les cheveux courts avec un tour d’oreille. J’étais rousse. J’avais l’air de Réjean dans La Petite Vie, en miniature. Ce n’est qu’à treize ans que j’ai commencé à laisser pousser mes cheveux.»

Le 17 juin, Cathy Gauthier présentera pour la première fois son second show complet au cabaret Box-Office de Drummondville, dans une mise en scène signée Joël Legendre. Elle sera en rodage tout l’été et l’automne, jusqu’à sa rentrée officielle en mars 2010 où elle s’attaquera alors à Laval, Brossard et Montréal, au Monument- National, les 17 et 18 mars. Elle a la chienne, mais tellement le goût.

Malgré le trac, rien ne pourrait maintenant l’arrêter. Ce métier, elle l’exerce par passion. La preuve, c’est quand on lui demande où en est la vente de son DVD: elle répond n’en avoir aucune espèce d’idée.

«En autant que j’en ai assez pour l’hypothèque, dit-elle, pour m’acheter des robes et des souliers, aller au resto quand je veux et gâter ceux que j’aime, c’est assez. C’est déjà un luxe de gagner sa vie avec sa passion.

«Moi, je dépense au fur et à mesure. Mon argent, on ne m’enterrera pas avec, conclut-elle. Si tu gardes tout pour toi, la vie ne t’en donnera plus. Hé oui, j’ai des valeurs très judéo-chrétiennes.»

 

 

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