Marc Boilard joue le tout pour le tout à Paris PDF Imprimer Envoyer
Spectacles - Humour
Écrit par David Patry-Cloutier   
Vendredi, 03 avril 2009 17:11
Mise à jour le Vendredi, 03 avril 2009 23:32

PARIS - Marc Boilard a joué le tout pour le tout quand, en janvier dernier, il a laissé parents et amis derrière lui pour s'installer à Paris pendant quelques mois. Une aventure peu banale qu'il a accepté de nous raconter.

 
Marc Boilard: «Je joue à Paris. C'est pas rien.»

Marc Boilard nous a donné rendez-vous peu avant son spectacle au Bouquet des Archives, un café situé au cœur du quartier du Marais, seul endroit à Paris où on peut voir l'affiche de son spectacle, Marc Boilard, un Québécois qui vous veut du bien.

L'endroit est peu banal pour le plus grand hétérosexuel du Québec, et fait même sourire puisqu'il est situé en plein dans le quartier gai de Paris. Le café-théâtre des Blancs Manteaux, la salle de spectacle où il se produit trois soirs par semaine, les lundi, mardi et mercredi, est situé juste à côté. Mais il s'agit probablement du plus petit sacrifice qu"il a dû faire pour jouer dans la Ville lumière.

«Je voulais absolument être à l'affiche à Paris, affirme Marc Boilard. Gilbert Rozon me le disait: Si tu ne t'installes pas, ça ne marche pas.»

«La différence entre un gars qui fait de l'humour et une chanteuse, qui veulent tous les deux percer en France, c'est justement la chanson. Pascale Picard: quand sa toune passe à la radio, c'est comme si elle était à Paris! Moi, quand je ne suis pas là, il n'y a rien qui se passe», dit-il.

Lors de notre passage, l'humoriste donnait un spectacle devant une quarantaine de personnes qui avaient payé assez cher, de 10 à 20 euros (de 16 à 33 dollars canadiens), pour voir un gars qu'ils ne connaissaient ni d'Ève ni d'Adam. C'est là une des caractéristiques du public français : prêt à payer pour faire des découvertes. Mais les découvertes comportent leur lot de déception. Dans le public, on comptait même des gens de plus de 60 ans qui, on s'en doute, sont loin du public cible de ce séducteur en série. Dure soirée.

Et évidemment, à 40 spectateurs, on ne vit pas très riche. Marc Boilard l'admet tout de go: son expérience française s'autofinance à peine. À 42 ans, il habite même avec un colocataire pour diviser les frais de logement. «Penses-tu que ça me tente? À Montréal, j'habitais seul en condo!.»

L'appât du gain

Percer en France peut toutefois rapporter gros. Avec ses 65 millions d'habitant, le pays a beaucoup à offrir aux artistes. «Au Québec, si tu as un style d'humour particulier, qui plaît à 10% des gens, t'as 700 000 personnes qui t'aiment et ce n'est pas assez pour gagner ta vie, affirme Sylvain Larocque, qui a tenté l'expérience au début de 2000. En France, si 10% de la population t'aime, c'est 6,5 millions de personnes! Ça favorise la différence, tu peux partir dans d'autres directions, avoir un humour très différent des autres, et bien gagner ta vie.»

Marc Boilard, lui, a un double objectif pour son passage de l'autre côté de l'Atlantique. Jouer sur scène, mais aussi hausser la popularité en Europe de son site Internet de rencontres, MonClasseur.com. Et les deux objectifs sont intimement liés. Suffit que les médias embarquent pour que le tout prenne son envol.

Justement, en France, les médias aussi travaillent différemment. Pas besoin d'être une grande vedette pour être invité sur un plateau de télé, par exemple. Marc Boilard a déjà fait quelques apparitions à la télévision française, notamment à Pliés en 4, sur les ondes de France 4, qui a aussi reçu Étienne Langevin et Jérémy Demay, deux Québécois qui participaient cette semaine à Paris fait sa comédie. «Au Québec, j'anime un spectacle d'humour à Saint-Jérôme et personne ne parle de nous, indique Étienne Langevin, rencontré plus tôt à Paris. Les médias québécois n'en ont que pour les têtes d'affiche.»

Orgueilleux s'abstenir

Certains soirs sont plus difficiles que d'autres, comme celui où on a été voir Marc Boilard au café-théâtre des Blancs Manteaux. N'empêche, l'humoriste persiste et signe. «Je n'ai jamais douté. Mais je trouve ça tough certains soirs. Le mois de mars a été vraiment difficile dans les cafés-théâtres et mon spectacle n'a pas fait exception», dit-il.

On s'en doute, jouer dans une salle à moitié vide donne un coup à l'orgueil. «Les soirs où c'est plus tough... c'est sûr que je ne suis pas ici pour ça. Je ne suis pas un petit nouveau qui est en train de faire ses classes. Ces moments-là  – qui Dieu merci sont rares –, parfois, ça t'affecte, avoue-t-il. Mais je ne me plains pas non plus. Je joue à Paris! Fuck, c'est pas rien !»

Heureusement, plus souvent qu'autrement, le public est au rendez-vous. D'ailleurs, l'humoriste vient d'annoncer qu'il prolongeait son voyage à Paris de trois mois, soit jusqu'au 10 juin. À la fin de son aventure, il cumulera 65 représentations. «Je suis super willing de revenir à l'automne, mais là, la balle est dans leur camp. Ça prend une offre qui m'intéresse», conclut-il.

Percer à Paris? Un véritable chemin de croix pour des humoristes établis qui remplissent leurs salles au Québec. Les efforts et les sacrifices nécessaires en rebutent plusieurs.

À lire: Pas facile pour des stars de recommencer à zéro

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