Les minières canadiennes à l'étranger : une réputation à défendre PDF Imprimer Envoyer
Nouvelles générales - Politique fédérale
Écrit par Mathieu Bélanger   
Mercredi, 04 mars 2009 20:50
Mise à jour le Jeudi, 09 avril 2009 20:32

OTTAWA – La mise en garde est sérieuse et selon plusieurs, la réputation même du pays à l’étranger est en jeu, si elle n’est pas déjà entachée à jamais. En ses qualités de superpuissance minière mondiale incontestée, le Canada doit agir et obliger ses entreprises à respecter les droits humains et environnementaux les plus fondamentaux, peu importe où elles se trouvent dans le monde, clament aujourd’hui spécialistes et politiciens.

La Bourse de Toronto est la plaque tournante pour les grands intérêts miniers dans le monde. Près de la moitié de tous les investissements miniers se font à partir du marché canadien. Les sociétés minières canadiennes détiennent des intérêts dans plus de 8000 projets dispersés dans plus de 100 pays.

Plusieurs de ces projets sont entrepris dans des zones de guerre, ou encore dans des endroits où l’incertitude politique et la corruption font partie du paysage. Certaines compagnies en profitent, mais elles courent aussi un grave danger, mentionne Bonnie Campbell, professeure de science politique à l’Université du Québec à Montréal et titulaire de la Chaire de recherche C.A. Poissant sur l’aide au développement.

Mme Campbell est à la tête d’un groupe de recherche qui se penche depuis dix ans sur les activités des entreprises minières dans le monde. Ses travaux sont internationalement reconnus et alimentent de nombreuses discussions concernant cette industrie à l’Organisation des nations unies (ONU).

Avec la collaboration de dizaines de chercheurs, elle s’attarde depuis cinq ans à la réglementation minière sur le continent africain. Le représentant de RueFrontenac.com l’a rencontrée à son bureau, lors d’un de ses courts séjours à Montréal.

Actuellement, aucun pays dans le monde ne peut rivaliser avec le Canada dans le secteur minier. En 2005, Exportation et développement Canada a fourni, au total, 2,54 milliards de dollars en prêts commerciaux aux industries minières. La somme des investissements canadiens dans le secteur minier, seulement en Afrique, passerait de 2,8 milliards de dollars US, en 2001, à environ 17 milliards en 2010.

«Tout le monde le sait, tout le monde le voit»

Selon Mme Campbell, de plus en plus d'affrontements violents entre les compagnies minières canadiennes et les populations environnantes risquent d’éclater aux quatre coins de la planète, notamment en Afrique.

Dans plusieurs pays pauvres, le manque de règles claires concernant l’environnement, les responsabilités civiles et les droits des autochtones mènent à des abus qui provoquent la colère des populations locales. Cela oblige les entreprises à payer des milices armées pour protéger leurs intérêts. Les exemples sont nombreux et ont parfois donné lieu à des affrontements violents au cours des années.

«Il y a tout un système qui s’est bâti sur le manque de transparence, les problèmes de gouvernance et la corruption, explique-t-elle. Certains intérêts y trouvent leur compte. Si on ne s’ouvre pas les yeux, tout ça va tourner en explosion de violence contre les industries minières à l’étranger, ajoute-t-elle. Tout le monde le sait, tout le monde le voit. Cela inquiète beaucoup bien monde, les compagnies aussi.»

Les spécialistes du code minier international sont nombreux à montrer du doigt la Banque mondiale pour avoir forcé la libéralisation du secteur minier, au début des années 1990, afin de permettre aux pays, surtout africains, d’éliminer leurs dettes.

N’ayant pas la capacité d’exploiter eux-mêmes leurs richesses minières, ces pays, souvent ravagés par des conflits armés, ont ouvert toutes grandes leurs portes aux entreprises privées. Le résultat, note Mme Campbell, est que de nombreuses entreprises minières sont aujourd’hui en activité dans des zones de conflit, dans des pays noyés dans la corruption et où les droits humains sont violés jour après jour.

«On peut parfois être très surpris de l’ampleur des investissements par les compagnies dans ces endroits même si la première recommandation est de ne pas y aller, souligne Mme Campbell. La situation ne s’améliorera pas tant qu’il y aura des gens prêts à ne pas respecter les normes les plus fondamentales. Un changement dans les mentalités par rapport aux responsabilités de l’industrie minière est nécessaire.»

Mme Campbell précise toutefois que toutes les compagnies minières ne sont pas à mettre sur le même pied. Plusieurs d'entre elles ont d'excellente réputation. Dans certains cas, on leur doit même la construction d'infrastructures servant aux populations locales.

RESPONSABILITÉ SOCIALE :
LE BLOC REVIENT À LA CHARGE

OTTAWA – Il n’y a plus une session parlementaire qui se termine à Ottawa sans qu’un parti ou un autre réclame du gouvernement qu’il adopte des lois pour obliger les entreprises minières canadiennes à l’étranger à respecter les droits humains et environnementaux les plus fondamentaux. Mercredi, le Bloc québécois est revenu à la charge pour inviter le gouvernement conservateur à mettre en application les recommandations d’un important rapport déposé en mars 2007 sur la responsabilité sociale des entreprises minières. Le printemps dernier, des députés des trois partis d’opposition s’étaient rassemblés sur la colline parlementaire pour recevoir plus de 200000 cartes postales de Canadiens réclamant la même chose.

«En juin 2007, lors de la réunion des pays du G8, Stephen Harper a déclaré que la mise en œuvre du rapport sur la responsabilité sociale des entreprises positionnerait le Canada comme chef de file en la matière, rappelle le critique bloquiste en matière d’affaires étrangères, Paul Crête. Depuis, rien. Le gouvernement n’a pris aucune action et la situation à l’étranger continue de se détériorer.»

Politiciens, organismes non gouvernementaux et représentants d’entreprises minières ont participé activement à la rédaction de ce rapport. Il est entre autres recommandé au Canada d’adopter des normes de responsabilité sociale obligatoires, de forcer les entreprises à publier chaque année un rapport de ses activités à l’extérieur et de créer un poste d’ombudsman indépendant qui recevrait les plaintes contre les sociétés minières canadiennes.

Pression sur le gouvernement

Des représentants du secteur minier et du milieu des affaires font cependant pression sur le gouvernement Harper pour qu’il maintienne le statu quo.

«La protection des droits humains incombe aux gouvernements hôtes, cette responsabilité leur revient en premier lieu», indique Patricia Dillon, présidente de l’Association canadienne des prospecteurs et des développeurs (ACPD), dans une lettre adressée à l’ancien ministre des Affaires étrangères, Peter MacKay, et dont RueFrontenac.com a obtenu copie.

Mme Dillon ajoute que l’ACPD appuie les objectifs du rapport, mais précise que les véritables défis de l’industrie sont «des problèmes endémiques hors du contrôle des compagnies».

La Chambre de commerce du Canada s’oppose, elle aussi, à des normes obligatoires en matière de responsabilité sociale des entreprises minières à l’étranger. «Le caractère volontaire de la responsabilité sociale doit être maintenu et la fixation explicite de ce qui est ou n’est pas respectueux des normes, ainsi que la mise en place de sanctions, doivent être évitées», peut-on lire dans la réponse de la Chambre de commerce du Canada dont RueFrontenac.com a aussi obtenu copie.

«Plus puissantes que les gouvernements»

Johanne Deschamps, députée bloquiste, rappelle que certaines compagnies minières canadiennes sont directement liées à des violations de droits humains, à des saccages environnementaux et à des importants déplacements de population. Selon elle, certaines compagnies profitent du fait que des pays «faibles» ne font pas le poids devant les riches entreprises minières.

«Elles sont plus puissantes que ces gouvernements qui, souvent, n’ont pas les moyens de faire respecter leurs propres lois», précise la députée.

Paul Crête affirme que son parti et les autres partis d’opposition vont continuer d’insister pour que le gouvernement canadien agisse. «Ça prend un signal du gouvernement, dit-il. Tant qu’il ne fera rien, il envoie le message que ce n’est pas important, vous, les entreprises, pouvez faire ce que vous voulez.»

L'EXEMPLE DU CONGO

OTTAWA – En  octobre 2004, le président de la République démocratique du Congo (RDC), Joseph Kabila, ordonne de reprendre par la force la ville de Kilwa, victime, dit-il, d’une rébellion.  Un rapport de l’ONU précise qu’au moins 73 personnes ont été tuées, dont une vingtaine lors d’exécutions sommaires. Trois employés d’Anvil Mining, une société minière canado-australienne enregistrée à la Bourse de Toronto, ont été accusés d’avoir fourni des moyens logistiques à l’armée congolaise pour réprimer la rébellion, pour ensuite être innocentés au terme d’un procès controversé.

Ces événements violents dans lesquels le nom d’une entreprise minière est évoqué sont parmi les plus documentés actuellement. Les médias australiens, canadiens et sud-africains en ont beaucoup parlé.

Le rapport de l’ONU établit que ces trois employés, un Canadien et deux Sud-Africains, ont, pour le compte de l’armée, conduit des camions de la firme pour transporter des corps et du matériel pillé. La compagnie a toujours soutenu que ses camions avaient plutôt été réquisitionnés par les forces militaires.

Le procès de neuf militaires congolais et des trois employés d’Anvil Mining a été tenu devant une cour militaire. Il a pris fin en juin 2007 avec l’acquittement de tous les accusés. Le tribunal militaire a conclu que les événements de Kilwa étaient le «résultat accidentel des combats».

Sans être accusée de quoi que ce soit, la compagnie Anvil Mining a tout de même été déclarée non coupable. Ce procès représentait une première en RDC. C’était la première fois que des employés étrangers d'une multinationale étaient accusés de complicité dans des crimes de guerre.

Controverse

Ce procès a été teinté de controverse dès son ouverture. Plusieurs médias et organisations non gouvernementales ont noté des irrégularités telles que l’intimidation de témoins et des pressions de la part du gouvernement congolais visant à faire abandonner les poursuites contre les employés d’Anvil Mining.

Louise Arbour, alors Haut Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, avait exprimé des préoccupations à la suite du verdict. «Je suis préoccupée par les conclusions du tribunal disant que les événements de Kilwa sont la conséquence accidentelle des combats, malgré la présence, au cours du procès, de témoins oculaires importants et de preuves matérielles qui démontrent de façon convaincante que de graves violations des droits de l'homme ont été commises délibérément», écrivait-elle dans un communiqué.

Une semaine plus tard, le 6 juillet 2007, le Haut Commissaire se réjouissait du fait que le jugement du tribunal militaire congolais serait révisé en Cour d’appel.

 

 

 

 

 

 

Commentaires (4)

Flux RSS pour les commentaires

Affichez les commentaires
Comment Londres nous pille ?
0
Et comment la monarchie et ces banquiers juifs nous pillent des revenus et redevances de ces minières au Canada?

Où croyez-vous que le 40 milliard$ de la caisse de dépôt est parti ? Comment est-il possible qu'avec la moitié de tous les investissements miniers dans le monde le Canada sera en déficit cette année ?

Depuis 1974, le Canada est retourné à l'état de colonie britanique lorsque Trudeau et Chrétien ont retiré le contrôle de la Banque du Canada pour le remettre dans les mains des Banques privées de Londres.

D'une dette stable de 18 milliard$, nous sommes passé à une dette de 600 milliard$ en seulement 10 ans. Depuis ce temps on a travaillé et déboursé plus de 6 trillion$ en intérêts à ces banquiers de Londres au lien de la Banque du Canada.
Gébé Tremblay , mars 07, 2009
Des minières "canadiennes", le "Canada", etc...
0
Bein voyons.

Ce sont toutes des filiales de filiales reliées telle une toile aux anglo-américaines. Tout est dirigé à Londres.

Le Canada et les USA sont depuis longtemps redevenues des colonies britanniques. Les Rio-Tinto et De-Beers, Anglo-American, s'installent des paravents ici pour profiter des politiques laxistes environnementales et des droits humains qu'ils ont fait adopté par leurs pantins tels que Mulronney (directeur de Barrick-Gold), Harper, Paul Martin, pour que le "Canada indépendant" prenne les coups à sa réputation épargnant ainsi c'elle du Royaume Uni, sa famille royalle et ses banquiers juifs.

Ces minières ne font pas que dans le pillage des ressources d'Afrique mais font dans le profit des ventes d'armes pour faire les guerres qu'elles provoquent elles-mêmes pour déstabiliser les pays qu'elles pillent.

C'est pas demain qu'on débattera ça dans les nouveaux cours d'ethique de nos écoles ! :-)
Gébé Tremblay , mars 07, 2009
...
0
Les réputation des compagnies minières "canadiennes" à l'étranger sont très mauvaises. J'ai récemment visionné un excellent reportage sur "nos" compagnies au Chili et leur manières de faire est vraiment dégueulasse.
Mais bon rien de neuf, c'est des salauds c'est écris en gros dans leur fronts. ...mais c'est pas aux nouvelles de tva ou meme de radio-can qu'ils oseront soulever ce genre de problemes. C'est télé-Québec qui l'a fait. Oui télé-Québec, la télévision d'état qui souvent se fait ridiculiser parce-qu'elle n'est pas assez populaire, trop intello ou qu'elle manque de budget alors qu'au contraire elle a bien plus de couilles que tout les autres stations de nouvelles réunis tous ensembles.. pourquoi? indice: elle n'a pas de comptes à rendre à personne, pas a pkp, desmarais ou ottawa.

«En juin 2007, lors de la réunion des pays du G8, Stephen Harper a déclaré que la mise en œuvre du rapport sur la responsabilité sociale des entreprises positionnerait le Canada comme chef de file en la matière, rappelle le critique bloquiste en matière d’affaires étrangères, Paul Crête. Depuis, rien. Le gouvernement n’a pris aucune action et la situation à l’étranger continue de se détériorer.»
C'est comme ca que ca marche: le gouvernement approuve pour désamorcer une possible crise et une fois tout le monde rendu à la maison il ne se passe rien, ont s'est fait fourré et il faut donc tout recommencer à zero et les compagnies ont bénéficiés d'un sursit de plusieurs années, gracieuseté du gouvernement..
B B , mars 06, 2009
Les néo-cons à l'oeuvre!
0
On voit là un autre visage du gouvernement Harper. Ce gouvernement militariste et colonialiste à la Bush est incapable d'exiger des entreprises transnationales Canadiennes qu'elles agissent avec respect de l'environnement et des nations où elles oeuvrent dans le tiers-monde.D'où croyez vous que son opulente caisse électorale provient?
Il faudra s'en souvenir aux prochaines élections.
j.c.virgil , mars 06, 2009

Ecrivez un commentaire

Réduire l'éditeur | Agrandir l'éditeur

busy
 

Aussi sur Rue Frontenac - Nouvelles