La nouvelle mode écolo : l’empreinte sur l’eau PDF Imprimer Envoyer
Nouvelles générales - Environnement
Écrit par Jessica Nadeau   
Lundi, 15 février 2010 16:57
Mise à jour le Lundi, 15 février 2010 17:19

Combien faut-il d’eau pour produire une paire de jeans, un t-shirt, un kilo de bœuf ou un café au lait ? C’est la question que se posent de plus en plus d’environnementalistes qui s’intéressent au nouveau concept en vogue de l’empreinte sur l’eau, un calcul permettant d’établir la quantité d’eau nécessaire à la fabrication de toutes sortes de biens de consommation, et ce, à toutes les étapes de la chaîne de production.

Et la réponse a de quoi surprendre. Qui oserait penser qu’il faut 200 litres d’eau pour produire un seul caffè latte ? Ou qu’un simple chandail de coton en nécessite 2 700 litres ?

« Les gens écarquillent les yeux lorsqu’on leur donne ces chiffres-là, ils ne s’attendent pas à ce que leur consommation quotidienne nécessite autant d’eau », explique Tony Maas, directeur du programme de l’eau pour le WWF, qui a travaillé à l’élaboration du concept en étroite collaboration avec le Water Footprint Network aux Pays-Bas.

Chacun peut facilement percevoir la quantité d’eau qu’il utilise lorsqu’il ouvre son robinet, mais qu’en est-il des quantités d’eau servant à fabriquer les biens de la vie quotidienne ?  Photo Olivier Jean

« Lorsqu’il est question de consommation d’eau, les gens ont tendance à regarder ce qui sort de leur robinet, mais cela va beaucoup plus loin, ajoute l’environnementaliste. L’empreinte sur l’eau amène une réflexion et une meilleure compréhension sur l’importance de l’eau à chaque étape de notre vie. »

Le but recherché par les concepteurs de l’empreinte sur l’eau n’est pas de dire aux gens d’arrêter de consommer leur café au lait matinal ou de se priver d’une nouvelle paire de jeans. Mais ils estiment qu’en sachant la quantité d’eau nécessaire à la fabrication de ces éléments de la vie quotidienne, les citoyens seront davantage sensibilisés aux impacts de leur consommation et pourront faire des choix plus éclairés.

Étiquettes et certification

Ce nouveau concept attire de plus en plus d’attention partout dans le monde et certaines entreprises commencent même à s’y intéresser. On pense notamment à la compagnie SABMiller, qui travaille en collaboration avec le WWF pour calculer précisément l’empreinte sur l’eau de la bière qu’elle produit en République tchèque et en Afrique du Sud.

Tony Maas, directeur du programme de l’eau pour le WWF. Photo courtoisie

« Le concept de l’empreinte sur l’eau va bien au-delà de la quantité d’eau nécessaire à la production d’un bien, précise Tony Maas. Il faut aussi savoir l’impact que cela a réellement sur le système aquifère de la région où l’eau est puisée. Par exemple, une paire de jeans de coton faite au Bangladesh – une région qui fait face à la désertification – a beaucoup plus d’impact qu’une paire de jeans faite au Canada, où les ressources en eau sont plus grandes. »

Selon lui, ce n’est pas tant la protection de l’eau qui intéresse les entreprises, mais bien les risques d’investissement liés au manque d’eau et les possibilités de marketing qui sont associées à une telle entreprise. Mais quelles que soient les raisons qui poussent les entreprises à aller de l’avant, l’important selon lui est que le concept se répande et qu’il fasse partie du quotidien, tant pour les entreprises que pour les consommateurs.

Est-ce que cela pourrait vouloir dire que l’on retrouvera un jour l’empreinte sur l’eau sur les étiquettes des biens de consommation en magasin ?

« Nous ne sommes pas encore rendus là, mais certains groupes travaillent déjà à l’élaboration d’une certification qui pourrait aider les consommateurs à faire des choix éclairés. »

Consommation irresponsable

Pour Meera Karunananthan, responsable de la campagne nationale de l’eau pour le Conseil des Canadiens, il s’agit d’un concept qui « fera partie du quotidien dans quelques années » en raison de la crise de l’eau, qui touche de plus ne plus de gens sur la planète.

« Le problème, c’est que nous avons un système et une économie qui sont basés sur une consommation irresponsable de l’eau, que l’on contamine impunément. Mais la crise de l’eau est devenue un enjeu primordial auquel de plus en plus de gens sont conscientisés et auquel on tente de trouver des solutions. »

Lorsque l’on parle d’empreinte sur l’eau à l’échelle mondiale, on peut penser notamment à l’exploitation du gaz et du pétrole, qui nécessite d’énormes quantités d’or bleu. Mais c’est le secteur de l’agriculture qui représente les plus importantes quantités d’eau. Et cela représente tout un challenge pour l’avenir de l’humanité.

« Ce sera tout un défi de nourrir 3 milliards d’humains supplémentaires avec les mêmes quantités d’eau, conclut Tony Maas, du WWF. Il faudra être beaucoup plus intelligent dans notre façon d’utiliser l’eau. »

À voir aussi : une vidéo de la WWF sur le sujet

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