EXCLUSIF – Rencontre « privée » Accurso-Labonté : nouvelles révélations PDF Imprimer Envoyer
Nouvelles générales - Élections municipales
Écrit par Fabrice de Pierrebourg   
Lundi, 12 octobre 2009 21:59
Mise à jour le Dimanche, 18 octobre 2009 08:49

Lorsqu’il a déjeuné avec Tony Accurso au printemps 2008, Benoît Labonté allait se lancer dans une course à la direction de Vision Montréal qui s’est avérée aussi pharaonique que coûteuse.

Il y a quelques jours, RueFrontenac.com révélait que Benoît Labonté avait rencontré en mars 2008, à sa demande, l’homme d’affaires Tony Accurso dans un restaurant de Montréal.

Trois autres convives se trouvaient autour de la table ce jour-là, dont un membre de sa garde rapprochée.

Juste avant la mise en ligne de ce premier article, Benoît Labonté a fait parvenir à l’auteur de ces lignes une mise en demeure dans laquelle, à la suite de nos questions, il niait avec vigueur deux faits précis, dont nous ne pouvons révéler pour le moment la teneur, ainsi que l’existence même de cette mystérieuse rencontre « privée ».

Le motif de la rencontre – et la nature des discussions – restait à préciser.

RueFrontenac.com, qui poursuit toujours son travail de recherche, s’intéresse, dans ce deuxième article, aux besoins en financement de Benoît Labonté.

Au printemps 2008, Benoît Labonté a dû faire face à l’explosion des coûts de la campagne à la direction de Vision Montréal. Photo d’archives

Pour poursuivre notre enquête, nous avons recueilli et recoupé les témoignages de six personnes très bien informées et très crédibles qui ont demandé à conserver l’anonymat. À cela, il faut ajouter les autres personnes citées dans cet article, dont le principal intéressé, à qui nous avons demandé des explications, plusieurs fois plutôt qu’une d’ailleurs.

Unanimement ou presque, nos sources ont évoqué l’explosion des coûts de cette campagne à la direction et les moyens « pharaoniques » mis en œuvre.

« Au départ, rappelle un de nos informateurs, Benoît Labonté ne savait pas s’il devrait ou non affronter une opposition au sein de son parti. » Il voulait donc y mettre le paquet. Avec le résultat que les comptes ont vite viré au rouge. On nous a rapporté, à titre d’exemple, un retard dans le paiement des honoraires d’un membre important de son organisation (qui a quitté les rangs depuis).

Pas de règles pour les courses à la direction dun parti

Il faut savoir qu’au Québec, les règles de financement des partis (limite de 1 000 $ donnés par des électeurs seulement, etc.) ne s’appliquent pas lorsqu’il s’agit de dons « personnels » à un candidat à la direction d’un parti municipal ou provincial.

« Il n’y a ni règle ni limite, à moins que le parti ne décide le contraire », confirme Denis Dion, porte-parole du DGE du Québec.

C’est ce qui s’est passé à Vision Montréal. Il avait été décidé à la mi-février 2008 que toutes les sommes perçues auprès de sympathisants et de membres dans le cadre de cette course devaient l’être au nom de Vision Montréal, indique un ex-membre du parti que nous avons joint dans le cadre de notre enquête.

« Mais les règles n’ont pas vraiment été toutes appliquées, déplore cet ex du parti. Entre autres parce qu’on s’était embarqués dans un show plus gros (congrès de couronnement). » Show qualifié, selon certains, de « délirant », de « disproportionné », vu la faiblesse de l’enjeu et le maigre nombre d’adhérents. Avec, au final, une facture beaucoup trop salée au goût de plusieurs.

« Qui a payé ? Personne n’en sait rien », lâche un ex-membre haut placé de l’organisation.

« Franchement, on s’entend sur le fait que la course à la chefferie de Vision Montréal, ce n’était quand même pas la campagne électorale présidentielle de Sarkozy », lance un autre de nos interlocuteurs.

Mentionnons qu’en avril 2009, en entrevue au Devoir , l’ancien directeur général de Vision Montréal, Robert Laramée, estimait à plus de 120 000 $ les « dépenses liées à la course à la chefferie par Benoît Labonté ». Ce qui avait, selon lui, aggravé la situation financière du parti, déjà fort peu reluisante à ce moment-là, au point de conclure l’année 2008 avec un déficit de 88 000 $.

Le rapport financier 2008 de Vision Montréal, épluché par RueFrontenac.com, indique une somme de 124 153 $ pour les « frais de congrès et de réunions » contre 13 341 $ pour l’année précédente. Autre fait saillant, l’explosion des salaires et des charges sociales, qui ont bondi de 133 761 $ en 2007 à 213 636 $ en 2008. La hausse la plus spectaculaire est celle des honoraires professionnels : 125 560 $ en 2007 et 306 519 $ en 2008.

Voyages en Europe pour lExpo 2020

À l’époque où ces faits se seraient produits, le maire de l’arrondissement Ville-Marie s’était entouré de plusieurs collaborateurs de poids, dont Pierre D’Amour, Yves Lemire (tous deux démissionnaires depuis) et Michel Petit, déjà présenté dans un communiqué officiel comme son « conseiller bénévole » et chargé de l’organisation du congrès de mai 2008 à la TOHU.

Petit est un fidèle lieutenant de Labonté. On nous le décrit comme un « homme très habile ». Il est aujourd’hui le seul rescapé ou presque après plusieurs vagues de départs successifs dans l’entourage du chef de l’opposition officielle à l’hôtel de ville en 2008 et 2009. Petit est un spécialiste de l’organisation d’événements et des collectes de fonds (déjà du temps de Jean Doré) dont l’entreprise (Michel Petit CMI inc). a bénéficié de plusieurs contrats octroyés par l’arrondissement Ville-Marie, a- t-on déjà appris dans les médias.

Il a aussi été directeur général des fêtes du 350e anniversaire de Montréal, en 1992.

Petit est également impliqué de près dans le projet d’Exposition universelle de 2020 à Montréal. Dossier dont Labonté fait la promotion sans relâche, ces derniers mois, afin de faire retrouver, dit-il, sa « fierté » à la métropole.

Au mois d’avril 2008, soit peu après cette rencontre avec Accurso, Benoît Labonté et Michel Petit se sont envolés pour l’Europe afin de présenter leur dossier de Montréal 2020 au Secrétaire général du Bureau international des expositions. Ils y sont retournés au mois de septembre suivant. Des voyages que Benoît Labonté et Michel Petit ont toujours assuré avoir « payés de leur poche », mais qui suscitent bien des questions chez les gens que nous avons interrogés.

« C’était un projet personnel, et je ne voulais pas que ce soient les contribuables qui financent mes voyages, même si j’avais le droit à une allocation de 13 000 $ pour nos dépenses », explique Benoît Labonté.

« Nous y sommes allés à nos frais, avec Air Transat », a précisé d’emblée Michel Petit avant même qu’on lui ait posé une question à ce sujet.

Michel Petit a pris bien soin également de se distancer de tout ce qui concernerait le financement pendant l’année 2008. « Je n’ai d’aucune façon touché au financement du congrès et de la course à la chefferie, dit-il. Mais je ne cache pas avoir réalisé de grands événements d’envergure (collectes de fonds) en mai et juin derniers, ainsi qu’un souper (à 1 000 $ le couvert) sur un bateau-mouche au mois d’août. »

Une de nos sources réplique que Petit aurait aussi « fait un peu de financement » en juin 2008 lors d’un cocktail.

Un sénateur nommé par Harper chez BPR/TerrEau

Leo Housakos confirme avoir donné un « coup de main » à Benoît Labonté pendant un court laps de temps après l’arrivée de ce dernier à la direction de Vision Montréal.

Le nom d’un autre personnage peu connu du grand public a été cité à quelques reprises dans le témoignage de certaines de nos sources : Leo Housakos. Ce Lavallois, nommé sénateur par Stephen Harper en décembre 2008, est apparu dans l’entourage proche de Labonté juste après son accession au leadership.

Dans sa biographie officielle sur le site du Sénat, on peut lire qu’il est vice-président chez BPR Engineering, la firme qui a assisté la Ville de Montréal pour ficeler le fameux contrat des compteurs d’eau. Il est aussi PDG de TerrEau, filiale de BPR, nous précise-t-il.

Housakos a dû se défendre, tout comme son ami d’enfance Dimitri Soudas, pendant l’hiver 2008 d’allégations d’ingérence politique en faveur de la firme Rosdev, du puissant homme d’affaires Michael Rosenberg, plutôt influent à Outremont.

Housakos et Soudas ont aussi travaillé en 2001 dans l’organisation de Gérald Tremblay lors des municipales.

Housakos est souvent présenté par ses détracteurs comme un redoutable « collecteur de fonds ». Un terme qui agace un peu le principal intéressé, joint par Rue Frontenac. Il précise qu’il a travaillé dans la recherche de financement pour l’ADQ, mais que son rôle principal est plutôt celui de conseiller, d’organisateur.

Leo Housakos confirme avoir donné un « coup de main » à Benoît Labonté pendant un court laps de temps après l’arrivée de ce dernier à la direction de Vision Montréal. « Oui, j’ai essayé de travailler avec lui, aux alentours d’août et septembre 2008 », dit-il.

Il soutient toutefois ne pas être intervenu dans la recherche de financement. En particulier, indique-t-il, parce qu’il n’avait pas le droit de le faire, ne résidant pas à Montréal.

« C’était et c’est toujours le travail de Michel Petit, il me semble », précise-t-il.

Toujours selon nos sources, Housakos connaîtrait très bien Tony Accurso. Ce qu’il minimise. « Oui, je le connais comme ça. Je l’ai rencontré quelques fois. C’est un très grand homme d’affaires », nous a-t-il dit.

• Dans le rapport financier 2008 du parti Vision Montréal, on apprend que 201 électeurs ont versé « une ou plusieurs contributions » excédant 100 $ et atteignant, selon les cas, la somme de 1 000 $, pour un total de 137 895 $.

 


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Commentaires (10)

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Qui a payé le sénateur conservateur Housakos ?
0
«Monsieur Accurso m'avait référé Monsieur Housakos que je ne connaissais pas et le lendemain, j'ai rencontré Léo Housakos », a expliqué M. Labonté.

Labonté a-t-il déclaré ceci à Radio Canada ?
ami de la démocratie , octobre 23, 2009
On se calme !
0
M. Benoit Labonté est gravement accusé d’avoir rencontré l'homme d'affaires Tony Accurso en mars 2008 et d’avoir bénéficié de son aide financière dans le cadre de sa course à la chefferie. À deux semaines des élections, c’est toute une bombe !

Cependant, je vous rappel que la politique est rarement blanche et ce sur divers points de vue. Prenons pour commencer celui du principal intéressé; Benoit Labonté. Ce dernier, a démontrer hier, samedi le 17 octobre, qu’il est réellement une personne d’équipe en se retirant du poste de lieutenant politique de Louise Harel pour le reste de la campagne électorale en plus de quitter son poste de chef de l'opposition officielle. Qu’il soit accusé à tord ou qu’il soit réellement coupable de tels actes, M. Labonté démontre un désir de transparence en invitant les sources anonymes des reportages de T.V.A, Radio-Canada et ruefrontenac.com de communiquer avec le Directeur général des élections du Québec. Et ce, personne ne pourra le contredire !

De l’autre côté, les fameuses sources anonymes, elles, ne sont pas transparentes ! Ayant des craintes de représailles, nous ne pouvons que nous fiers au bon jugement de nos journalistes. Loin de moi l’idée de critiquer les médias car je crois que peu importe la nouvelle, ils ont un travail à accomplir. Par contre, ces sources anonymes ont peurs de quoi ? De représailles ? De qui, comment ? Par M. Labonté, Mme Harel ? Sommes-nous à une époque où n’importe qui et n’important quand, à visage cachée, il est possible d’accuser EN PUBLIC une personne connue ? Si les accusations venaient du Directeur général des élections du Québec, suite à des plaintes anonymes, je ne dis pas… mais là ? Pouvons-nous réellement croire les informations qui véhicules dans les médias ? … Une des sources anonymes, en entrevue à T.V.A. disait : « J’ai attendu [avant d’en parler aux médias] parce que je ne savais pas ce qui allait advenir de lui [Benoit Labonté]. Et là il est dans la campagne et accuse les autres. C’est le fait qu’il accuse les autres, que s’il n’accusait personne, peut-être que je n’aurais rien dit. » Est-ce transparent ça ? Faut-il en déduire que si Benoit Labonté n’avait pas été dans la campagne actuelle, personne n’aurait condamné ses supposées actes ? Il est certain que de tels accusations profite à M. Tremblay et M. Bergeron et leurs équipes. Voilà où mon doute prend naissance.

Si je voulais accuser une personne connu publiquement d’actes criminels et que je le faisais à visage cachée dans les médias, sans porter plaintes aux autorités en place, seriez-vous en position de vous poser des questions…j’espère que oui ! Alors, on se calme et laisse la chance au coureur… car sinon, en acceptant un règlement de compte publique sans la supervision des autorités mandatées, nous nous enlisons tête première dans une optique ou mensonge et vérité ne feront plus qu’une. Au Québec, sommes-nous toujours présumé innocent à preuve du contraire ?

P.S. Et s’il y a des preuve du contraire, s.v.p. sources anonymes prenez votre rôle au sérieux et suivez les démarches auprès des BONNES PERSONNES et non pas juste auprès des médias !
Marie La Lune , octobre 18, 2009
Triste que Radio-Canada reprenne à son compte
0
Le travail d'enquête de m. Fabrice de Pierrebourg
JP , octobre 17, 2009
Accurso pour maire
0
Un ami et moi discutions des différents candidats à l'élection de Montréal. On en est venu à la conclusion que si M. Accurso habitait Montréal, on n'aurait pas à aller voter puisqu'il semble que c'est lui qui dirige la ville depuis longtemps.
Renaud Guénette , octobre 15, 2009
Le talon d'Achille d'Harel
0
Dans son opération de transparence, Harel devrait écarter cette grosse tache. Cet ancien chef de cabinet de Paul Martin a tous les mauvais pendants de tout ce qui touche à la politique fédérale.
Julien Beauregard , octobre 14, 2009
Ou serait le changement désiré?
0
Excellence recherche M. De Pierrebourg, cependant elle ne fait que confirmer que le changement tant désiré par les Montréalais ne risque pas de se produire de si tôt. Changer l'administration de Montréal ne risque pas de produire l'effet escompté cette fois ci encore. Et les grands projets à coût de milliards, vont être exécutés par qui au juste? Et la facture va être refiler à qui vous penser?
A. La Lancette , octobre 13, 2009
Eh bien !!
0
Si j_ai bien compris,pour certaines organisations/personnes riches et influantes (et genereuses), le resultat des prochaines elections n_a AUCUNE espece d_importance .Peut importe le Parti elu a la Mairie, ces gens-la prennent ou conservent le POUVOIR. Et au diable la democratie !!
gilles , octobre 13, 2009
Stratégie de Labonté
0
Ce n'est pas pour rien que Labonté à cédé sa place à Louise Harel car il voulait détourner l'attention de lui pour la faire porter sur cette dernière.

Si j'étais à la place de Louise Harel, je prendais mes jambes à mon cou avant que le pétard me pète dans la face.

C'était évident depuis le début qu'il y avait anguille sous roche....!
Ray , octobre 13, 2009
...
0
merci aux journalistes de rue frontenac!!!!maudite belle job. Lachez pas.
suzane , octobre 13, 2009
la blanche colombe....
0
M'Labonté se permet de faire des remarques sur ce que fait le maire Tremblay... à sa place je ferais le ménage dans ses relations, se tenir avec des gars de la mafia,( je dis cela sous toute réserve ) des amis un peu étranges...smilies/shocked.gif,,, peut etre était-ce simplement innocent et sans rapport avec son travail,,,smilies/sad.gif ----mais on juge parfois nos actions selon les gens qui gravitent autour de nous, et MME Harel qui se présente avec lui.!!pas certaine que c,est bon pour son image !!!///..une chance que MME Lemieux sait ce qui est bon et ce qui va aider Montréal..
marie joseph , octobre 13, 2009

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