Leo Housakos – Un proche de Stephen Harper bailleur de fonds pour plusieurs partis au Québec PDF Imprimer Envoyer
Nouvelles générales - Politique
Écrit par Fabrice de Pierrebourg et Yves Chartrand   
Dimanche, 25 octobre 2009 21:17
Mise à jour le Mardi, 27 octobre 2009 09:41

Un des champions incontestés de l’organisation et du financement sur les scènes municipale et provinciale au Québec, et ce depuis des années, est le sénateur conservateur Leo Housakos, un adéquiste proche de Stephen Harper et de Tony Accurso et par ailleurs président d’une filiale de BPR.

La démission fracassante de Benoît Labonté, dans la foulée d’une enquête menée par RueFrontenac.com, a au moins le mérite de braquer les projecteurs sur les dérives dans le financement des partis politiques et sur la collusion avec le monde des affaires.

Chaque jour apporte son lot de révélations, d’allégations et de démentis qui fusent de toutes parts. Chaque jour, de nouveaux noms sont jetés en pâture dans les médias. En général, des percepteurs de fonds officiels ou officieux.

Impossible de lever le voile sur le financement des partis au Québec sans s’intéresser à Leo Housakos. Le plus jeune sénateur du pays, nommé en janvier 2009 par Harper, n’est pas du genre à parader devant les caméras.

Leo Housakos, à gauche, a été nommé sénateur par Stephen Harper en janvier 2009. Photo Reuters

Union Montréal, ADQ, Vision Montréal et PCC

Depuis une dizaine d’années, il a offert ses services à Union Montréal, Vision Montréal, à l’Action démocratique du Québec ainsi qu’au Parti conservateur. Son nom est apparu à deux reprises ces derniers mois dans des dossiers d’allégations de conflit d’intérêts.

Selon ce que nous avons appris, Housakos faisait aussi partie de la vingtaine de convives réunis en 2007 autour de Mario Dumont pour une soirée de financement de l’ADQ, dans un des salons privés du restaurant Onyx, du complexe Tops, à Laval. (Si l’on en croit ce qu’a affirmé vendredi dernier un quotidien montréalais dont les journalistes sont en lock-out, ce serait Tony Accurso, propriétaire des lieux, qui aurait payé la note de 14 000 $, ce qui n’a pas été confirmé.)

Avec ce quadragénaire controversé, qui n’a pas que des amis dans son propre parti, on pénètre dans un monde où un carnet d’adresses bien rempli est un gage de succès.

Le 20 mai dernier, par exemple, à Montréal, Housakos a organisé une grande soirée de financement pour le PCC à 150 $ le billet. Il y avait bien du beau monde dans les salons VIP d’un hôtel montréalais autour de Stephen Harper, Christian Paradis, James Moore et Jean-Pierre Blackburn.

Tout le gratin de Québec inc., selon les listes obtenues par RueFrontenac.com, dont pas mal de bureaux de génie-conseil (BPR, CIMA, Roche, Génivar, Dessau-Soprin). Des noms connus comme Rosaire Sauriol, Larry Smith, Mario Dumont et son épouse, Marie-Claude Barrette, et la juge Ruffo, sans oublier Marcel Tremblay, frère de Gérald, ainsi que deux dirigeants de la Corporation des ponts Jacques-Cartier et Champlain.

Depuis quelques jours, cette soirée fait des vagues sur la colline parlementaire à Ottawa, où les conservateurs doivent répondre à des allégations de conflit d’intérêts et de « trafic d’influence » puisque c’est en effet la firme BPR, dont Housakos est le président de la filiale TerrEau, qui a obtenu un gros contrat pour la réfection du pont Champlain.

Mario Dumont et son épouse, Marie-Claude Barrette, photographiés ici lors du dernier gala des Gémeaux, ont participé, le 20 mai dernier, à la grande soirée de financement pour le PCC organisée par Leo Housakos. Photo d’archives Olivier Jean

Un sujet tabou à lADQ

On retiendra de Leo Housakos qu’il a été LE responsable du financement de l’ADQ pendant plusieurs années. Un ancien membre de l’entourage proche de Dumont après sa victoire de 2007 précise que Housakos était le « responsable du financement avec un grand F ».

« C’était sa chasse gardée, mentionne notre source. Quand il m’a été présenté, j’ai compris qu’il fallait se tenir loin de ce gars-là. Il ne fallait pas se mêler de ça au cabinet. C’était vraiment très tabou dans l’entourage de Mario. »

Housakos était déjà bien installé à l’arrivée de Pierre Bourque en 2003 comme candidat-vedette dans Bourget. Militant depuis la fin des années 1990, il était aussi, jusqu’à ces derniers mois, le président de la commission des finances de l’ADQ.

Le nouveau sénateur a mis le paquet, dit-on, pour convaincre ses relations parmi la communauté des affaires montréalaise, en particulier la communauté grecque, d’aider l’ADQ lorsque le parti a commencé à avoir le vent dans les voiles. A fortiori lorsque Mario Dumont s’est emparé de l’opposition officielle lors de l’élection générale du printemps 2007. Dans sa tête, nous explique un militant conservateur, Leo Housakos voyait déjà Mario Dumont premier ministre.

Le sénateur fait aussi partie de ceux qui n’ont jamais caché avoir été favorables à un rapprochement avec les conservateurs en 2004. Il pouvait compter sur l’appui d’autres membres de son réseau, dont Alain Sans Cartier, alors chef de cabinet de Dumont.

La route de Leo Housakos a croisé celle de Benoît Labonté au cours de l’été 2008. « En août et septembre, lorsque je n’étais pas encore sénateur », nous a-t-il déjà dit. Et d’affirmer qu’il ne s’est pas occupé du financement, entre autres parce qu’il n’habitait pas Montréal : « Je n’avais pas le droit. J’étais conseiller d’organisation seulement. »

Comment a-t-il été parachuté à Vision Montréal ? Selon ce que nous avons appris lors de notre enquête sur Benoît Labonté, c’est Tony Accurso qui aurait amorcé leur rapprochement. « Je le connais comme ça. Je l’ai rencontré quelques fois. C’est un très grand homme d’affaires », nous avait confié le sénateur Housakos.

Un réseau très efficace

La force d’Housakos, reconnaissent nos sources, c’est sa capacité à tisser un réseau semblable à une toile d’araignée, en particulier au sein des communautés culturelles, dans le milieu des affaires, et à l’opposé, dans les plus hautes sphères du pouvoir. Parmi ceux qui gravitent de longue date autour de lui figure l’avocat Jean-Martin Masse, qui a travaillé à l’agence de publicité Zoom Média et qui a été nommé en juin dernier au CA de VIA Rail. (Leo Housakos a aussi occupé cette fonction pendant environ un an après sa nomination, en décembre 2007.) Masse et Housakos auraient œuvré au sein de l’aile jeunesse du PCC, puis à l’ADQ. Il y a aussi Nicholas (Nick) Katalifos, l’ancien président du Congrès hellénique du Québec, avec qui il a fondé la compagnie Quadvision International Consulting.

Dimitri Soudas, conseiller et porte-parole de Stephen Harper, a travaillé avec Leo Housakos comme conseillers auprès de Gérald Tremblay et Union Montréal en 2001. Photo Reuters

Housakos a travaillé fort dès le début des années 2000 pour convaincre plusieurs communautés, dont la sienne, d’abandonner la tradition du vote libéral.

Sa proximité avec le gouvernement conservateur à Ottawa, qui distribue des milliards en ce moment au moyen des programmes d’infrastructures, lui conférerait aussi, toujours selon nos informateurs, un poids certain au Québec. Son cercle d’amis comprend plusieurs noms qui ont surgi ici et là dans l’actualité. Des amis que l’on retrouve ensuite souvent pas très loin de lui, que ce soit en politique ou dans les affaires.

En premier lieu, son ami d’enfance Dimitri Soudas, conseiller et porte-parole de Stephen Harper. Soudas et Housakos ont dû se défendre pendant l’hiver 2008 d’allégations d’ingérence politique en faveur de la firme Rosdev, du puissant homme d’affaires Michael Rosenberg, plutôt influent à Outremont.

Les deux hommes ont aussi travaillé ensemble comme conseillers auprès de Gérald Tremblay et Union Montréal en 2001. C’est à ce moment que Housakos s’est rapproché de Marcel Tremblay, personnage-clé dans l’organisation de Gérald Tremblay. En 2007, Marcel Tremblay avait songé à se présenter pour les conservateurs dans la circonscription d’Outremont.

Giulio Maturi et Tom Pentefountas

Il y a aussi Giulio Maturi, celui-là même que Benoît Labonté a placé sur la liste de responsables potentiels de son « assassinat politique ».

Maturi et Housakos ont évolué ensemble dans l’aile jeunesse du Parti conservateur. Maturi a d’abord travaillé comme organisateur en chef de Hugh Segal à Montréal, lors de sa course à la direction du Parti progressiste conservateur en 1998. Il a ensuite travaillé aux côtés de Housakos en 2000 lorsque ce dernier s’est présenté dans Laval-Ouest sous les couleurs de l’Alliance canadienne.

Giulio Maturi a ensuite lui aussi fait le saut à l’ADQ. Il a par exemple été l’organisateur du grand rassemblement de l’ADQ le 23 mars 2007, trois jours avant les élections, à l’Hôtel Radisson de Laval.

En août 2008, Maturi fait son entrée à Vision Montréal, là encore dans le sillage d’Housakos. Il réalise un premier coup d’éclat en faisant élire Hasmig Belleli dans Ahuntsic-Cartierville lors de la partielle de septembre.

Le 16 octobre, il est intronisé DG de Vision Montréal en remplacement de Yves Lemire, qui venait de claquer la porte pour retrouver les libéraux fédéraux à Ottawa. Six mois plus tard, Maturi lâche lui aussi Labonté. Il serait retourné de nouveau auprès du parti Union Montréal de Gérald Tremblay.

Président de l’ADQ d’octobre 2007 jusqu’en décembre 2008, Tom Pentefountas fait lui aussi partie du réseau Housakos. C’est ce dernier qui aurait convaincu le jeune avocat de faire le saut en politique en 2002. En 2004, il s’est présenté comme candidat dans Nelligan. Défait, il a de nouveau tenté sa chance dans Fabre face à Michelle Courchesne, sans plus de succès.

Proche de Mario Dumont, Pentefountas a démissionné de l’ADQ dans la foulée de son chef après la débâcle du parti aux élections du 8 décembre 2008.

Nous avons voulu reparler au sénateur Housakos ce dimanche, mais celui-ci nous a indiqué ne pas être disponible parce qu’il était « en réunion ». Quant à Dimitri Soudas, il a refusé de répondre à nos questions concernant ses liens avec le sénateur Housakos et leur passé politique commun, sous le prétexte qu’il s’agirait de « sa vie privée ».

Commentaires (14)

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allumez!!!!
0
si le fond de solidarite n aurai pas
laisser tony gerer a lui seul
le 200 millions en pret consentis
on en serait pas la;et cela est
vrai pour plusieurs autres
compagnies de construction.
Claude Desroches , octobre 26, 2009
EXERCEZ VOTRE DROIT DE PAROLE ET VOTEZ LE 1ER NOVEMBRE
0
Je prend le temps de le faire à toutes les fois que l'occasion m'est donnée. Depuis quelques années; que ce soit au Fédéral, au Provincial ou au Municipal je vais voter en annulant mon vote (des X partout). Pourquoi, me direz vous? Pour exprimer mon insatisfaction, mon dégoût et mon rejet des options, des partis et des candidats qui me sont proposés.
Si on ne va pas voter, on exprime rien, on dit que l'on est d'accord avec ce qui se passe. Par contre, si on prend le temps de se déplacer et d'aller annuler son vote ça veut dire qu'on est pas d'accord et qu'on en a plein le c... de ce qu'on nous propose et on invite qui de droit à refaire ses devoirs.
Par exemple: s'il y a un taux de participation de 85% et que 45-50% des participants ont annulé leur vote ça voudra dire que le gouvernement élu ne sera pas moralement légitime et ça s'applique aux partis de l'opposition aussi. Poser un tel geste collectif PARLE TRÈS HAUT ET TRÈS FORT.
Si vous en avez vraiment assez de vous faire baiser alors levez vous et faites comme moi et Mme P. Rivet et annulez votre vote. Si vous ne le faite pas, vous perdez définitivement votre droit de parole sur le sujet.
PEUPLE, ALLEZ AUX URNES ET EXPRIMEZ VOUS!
Garé Bêtement , octobre 26, 2009
Nettoyons plus souvent
0
Madame Corbeil. Mr Gomery a nettoyé au fédéral il y a quelques années et il en sort encore.
Nettoyons plus souvent.
Jack, relis l'article. La photo de Dumont était très pertinente.
Patricia Rivet, si tu écrit ENQUETE sur ton bulletin de vote, ça va l'annuler et laisser passer les "crosseurs". Ne faites pas ça. Ecrivez des lettres à vos "dépités" et à vos "minus" à la place.
Goulou goulou , octobre 26, 2009
beau travail
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Continuez de fouiller je suis certain que vous aller trouver autres choses
pierre cadieux , octobre 26, 2009
Enfin, on sent la liberté de presse à l'oeuvre
0
Félicitations pour votre enquête!
Je me demande si les journalistes qui font l'enquête auraient eu la même liberté pour publier cet article dans le journal de Montréal.
Seb , octobre 26, 2009
Merci
0
Cher monsieur,

J'ai souvent critiqué les journalistes.Depuis quelques années, je trouvais qu'ils se contentaient de nous transmettre des communiqués de presse. Mais là....! Chapeau à tous et à toutes et particulièrement à vous. Vous faites presque le travail d'une commission d'enquête. Comme citoyenne, je vous suis reconnaissante de forcer les gouvernements à nettoyer leurs écuries et la maison de la nation. Il faut le faire tous les vingt ou trente ans. C'est la vie. La solidarité médiatique fait du bien et est belle à voir. Et vous avez de belle plumes!Les gardiens de la démocratie c'est vous. Vous faites honneur à votre profession.Vous nous faites honneur. Nous avons de la chance d'avoir une corporation professionnelle honnête et intègre, soucieuse de faire son devoir avec une telle rigueur. Nous, le ¨ peuple ¨,nous sentons moins seuls et moins humiliés. Merci.
Jocelyne Corbeil , octobre 26, 2009
...
0
J'ai l'intention de me répeter .......


Devant les magouilles répétées dans le monde municipal, l’escroquerie généralisée dans la construction, et ce, à même notre portefeuille, j’invite tous les citoyens à passer à l’ACTION.

ENSEMBLE, posons un geste sans précédent lors des prochaines élections municipales.

ENQUÊTE ENQUÊTE ENQUÊTE ENQUÊTE ENQUÊTE ENQUÊTE

Et si les Québécois allaient voter en grand nombre;

Et si des milliers de Québécois faisaient la file pour voter;

Et si les Québécois attendaient des heures pour voter, pour dénoncer;

Et si les Québécois profitaient de ce moment privilégié pour exiger;
Et si les Québécois réclamaient, derrière le rideau avec leur crayon;

Et si les Québécois se déplaçaient pour annuler de façon positive leur vote;

Et si les Québécois, sur chaque bulletin de vote, inscrivaient ENQUÊTE

Et si tous les citoyens exigeaient par leur vote une vaste ENQUÊTE
Sur notre bulletin de vote, écrivons en gros ENQUÊTE

Laissons les élus en place subir les conséquences d’une ENQUÊTE PUBLIQUE

NE LAISSONS PAS PASSER CETTE OPPORTUNITÉ
Patricia Rivet , octobre 26, 2009
Le PLQ blanc comme neige???? IMPOSSIBLE
0
J'ai écrit pas plus tard que samedi sur mon blogue (http://lumenlumen.blogspot.com) un billet avec le même titre que ce commentaire.
Je trouve totalement bizarre qu'aucune révélation de corruption ou de dossiers genre scandale des commandites, touchant le PLQ, ne soit encore sortie.
J'espère que c'est pour bientôt
Luc Ménard , octobre 26, 2009
Wow
0
Vraiment un beau travail de recherche journalistique. J'ai bien hâte que vous commenciez à grattez le financement de Parti Libéral afin que l'on puisse comprendre pourquoi Jean Charest se refuse-t-il aussi puissamment à une commission d'enquête.
Marcd , octobre 26, 2009
L'art de détourner l'attention
0
Il est de plus en plus clair que la nomination de Jacques Demers qui a fait beaucoup jaser dans les salon du Québec avait pour but de détourner l'attention du public.
Les VRAIES nominations partisanes sont passées inapercues...Il parait que c'est faire de la politique. Pas étonnant que que le monde se désintéresse de ce milieu.
Francois Laporte , octobre 26, 2009
L'ADQ
0
Mario a manqué de vision dans son désir de devenir rapidement le PM du Québec en allant à Toronto renier sa "québécitude", en rencontrant Harper ensuite à Ottawa; ça ne me surprend pas d'apprendre qui se chargeait de financer son parti...
Paul Verreault , octobre 26, 2009
On comprend...
0
On comprend maintenant pourquoi Mario Dumont qui avait agité l'histoire des accommodements raisonnables qui lui a valu de monter dans les sondages, a en suite mis la pédale douce. On comprend maintenant pourquoi il a refusé d'appuyer le projet de Constitution du Québec de Mme Marois, alors que Charest était minoritaire.
jcpomerleau , octobre 26, 2009
Re: Politique
0
Tout le monde savait que la politique était sale, mais pas à ce point.

Attendez de savoir le reste, par par Charest mais par les journalistes d'enquêtes.

Bravo continuez votre beau travail
rilu , octobre 26, 2009
photo
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Ça fait cheap que vous mettiez une photo de Dumont et sa femme au gala de l'ADISQ, donc qui n'a aucun rapport avec le sujet de votre article.

Vous devriez publier un graphique des 5 dernières années, avec les montant amassés des 3 partis (PQ PLQ ADQ), il en ressortirait un détail très important.
Jack , octobre 26, 2009

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