| Blogues, journalisme citoyen et communisme |
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| Blogues - Jean-François Codère sur le trottoir | ||
| Mercredi, 20 mai 2009 16:39 | ||
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J'ai été invité hier soir par les organisateurs des 3es Mardis Montréal à prononcer une conférence sur le thème des médias sociaux, des blogues, du journalisme et de l'avenir des quotidiens.
L'événement d'hier devrait être disponible en vidéo très prochainement ici. En préparant cette conférence, je savais que j'aurais affaire à un public vendu d'avance au Web 2.0 et très, très, très sceptique à l'endroit des journalistes. Je n'ai pas pour autant choisi de dorer la pilule ou de flatter l'auditoire dans le sens du poil. Les gens ont fortement réagi, par exemple, quand j'ai dit qu'il n'était pas vrai que les journalistes ne savaient pas comment évaluer le degré de crédibilité à accorder à une information qu'ils trouvent sur un blogue qu'ils ne consultent pas régulièrement. Ils le savent très bien: il ne faut pas y croire, un point c'est tout. La logique est simple. Un journaliste doit toujours avoir en tête, quand il juge de la crédibilité de ses sources, que celle-ci pourrait devoir être testée devant un tribunal. Est-ce que de dire que l'information vient de «joepeanut.wordpress.com» va convaincre M. le juge? Peu de chances. Ce qui ne veut pas dire que l'information est nécessairement fausse, loin de là. On ne peut tout simplement pas la prendre pour du cash. Dans la «vraie vie» (ou l'ancienne?), la situation se compare à une information entendue au détour d'une discussion à la table d'à côté dans une taverne. Est-ce que c'est vrai? Peut-être que oui, peut-être que non. Mais chose certaine, il n'y a pas un journaliste décent qui va écrire un article en se fondant sur ce simple écho. S'il n'est pas trop avancé dans sa soirée, il va chercher à en apprendre plus directement de son voisin de table, puis faire quelques téléphones en revenant au bureau le lendemain. Le même principe s'applique pour une information obtenue à partir d'un blogue. Un bon journaliste va PARTIR de celle-ci et tenter d'en connaître plus. Comment? D'abord en cherchant à entrer en contact avec l'auteur du blogue pour en apprendre davantage et juger un peu de sa crédibilité. Puis en contactant d'autres sources pour vérifier, obtenir d'autres commentaires, etc. Ça me semble une évidence. Malheureusement. J'ai été honnêtement étonné de provoquer autant d'indignation avec cela. Je crois que malheureusement, certains ont fermé leurs oreilles en même temps qu'ils ont ouvert leur bouche, immédiatement après le début de mon argumentation, sans attendre la suite. Journalisme citoyen En fouillant un peu la twittosphère dans les heures suivant mon discours, j'ai aussi constaté que mon analogie entre journalisme citoyen et communisme avait retenu l'attention. Celle-ci a été lancée un peu rapidement et j'aurais peut-être dû prendre plus de temps pour l'expliquer. D'autant que c'est, au fond, assez simple. Personne ne peut s'opposer au principe du journalisme citoyen. Sur papier, c'est un principe merveilleux. La démocratie à son mieux. La parole au peuple. Le problème, c'est quand on essaie d'appliquer cela dans la vraie vie. C'est un peu la même chose avec le communisme, tel que ses inventeurs l'ont idéalisé au départ. Tout un peuple qui travaille pour le bien commun, sans jamais manquer de rien. Tout est gratuit, y compris l'éducation et les soins de santé. Un bon gouvernement qui gère en bon père de famille et qui s'assure que personne ne manque de rien, attribuant les ressources de manière optimisée. Dans un livre, c'est merveilleux. Mais dans la réalité, ça ne fonctionne tout simplement pas. Le journalisme citoyen, dans la vraie vie, j'attends encore la preuve que ça peut fonctionner, à l'exception de quelques exemples isolés. Dans la vraie vie, les gens qui ne sont pas journalistes ont, justement, un autre métier qui occupe beaucoup de leur temps et qui leur permet de gagner leur vie. Le journalisme citoyen ne paie pas, ou bien peu. Le bénévolat, ça use son homme ou sa femme rapidement. Reste alors les gens qui sont motivés à traiter d'un sujet pour d'autres raisons. Malheureusement, ces raisons représentent autant de biais qui nuisent à leur objectivité: parce qu'ils détestent telle ou telle entreprise, parce qu'ils s'opposent à tel ou tel politicien, parce que leur beau-frère a une entreprise dans ce domaine-là, etc. À terme, ça donne de la chronique. Beaucoup de chroniques. Certaines excellentes et bien présentées, dignes de celles publiées dans les journaux. Mais de la nouvelle? Des faits présentés de façon objective? J'y croirai quand j'en verrai.
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Commentaires (4)Flux RSS pour les commentairesAffichez les commentaires Une intervention décevante
J'étais présent au 3e mardi cette semaine et c'était la première fois que j'y assistais. C'est votre présence qui m'a convaincu de m'y rendre, c'est vous dire le biais favorable avec lequel j'attendais votre intervention. Je me disais qu'un journaliste couvrant la scène techno depuis longtemps comme vous le faites, avait sûrement un point de vue rafraichissant et nuancé sur les médias sociaux.
Malheureusement, vous m'avez déçu. Comme je l'explique plus en détails sur mon blogue, vous êtes tombé dans les pires clichés sans apporter la moindre réflexion qui aurait pu nous élever une peu au-dessus de la mêlée. Les médias sociaux prennent présentement leur place dans la vie des gens et ces derniers n'attendent pas la caution des professionnels de la communication, incluant les journalistes, pour le faire. Ces derniers ont deux choix: s'adapter à la nouvelle donne ou se marginaliser peu à peu. On peut s'inquiéter des conséquences de ce phénomène, mais ça ne changera en rien cette réalité implacable: les médias traditionnels ont amorcé leur déclin et pour survivre, ils devront se réinventer. Sans rancune. Serge Leclerc http://sergeleclerc.blogspot.com Très très sceptique? Pas du tout.
Vous écrivez : "En préparant cette conférence, je savais que j'aurais affaire à un public vendu d'avance au Web 2.0 et très, très, très sceptique à l'endroit des journalistes".
Vu que vous insistez sur cette mauvaise perception de la nature des participants du 3e mardi Montréal avec un 2e 'très', je me permets de vous corriger. Les activités du 3e mardi - Third Tuesday Montréal cherchent à attirer les professionnels en relations publiques et en marketing qui s'interrogent quant aux médias sociaux et veulent en savoir davantage. Nous accueillons avec grand plaisir les néophytes et les initiés. Les convaincus-d'avance et les sceptiques. Les pour et les contre. Je vous assure que je parle non seulement en mon propre nom mais au nom de la grande majorité (sinon tous) de mes collègues en RP quand je dis que nous avons le plus haut respect pour les journalistes, qui, par leur métier, rendent un important service à l'ensemble de la communauté et contribuent à protéger notre société démocratique. Tout comme le fait le débat libre et ouvert, d'ailleurs. Même le débat musclé. Je vous remercie encore une fois, et cette fois publiquement, d'avoir accepté notre invitation - si le comité organisateur de 3e mardi Montréal continue sa tradition d'inviter des journalistes comme vous, Steve Proulx et Roberto Rocha aux événements du 3e mardi Montréal, c'est que, justement, nous apprécions l'opportunité d'entendre votre point de vue. Au plaisir d'une prochaine rencontre .. le 3e mardi du mois de juin, peut-être? Hmm
Donc, selon toi, tout ce qui n'est pas fait sous le giron d'un grand média, c'est zéro ? Si ce n'est pas dans un journal papier, ce n'est pas de la nouvelle ?
L'ère des nouveaux médias est à ses premiers balbutiements, avant longtemps, des médias électroniques émergeront de la masse et seront considérés comme des sources à part entière à mon avis. Sur une note plus personnelle, je trouve ça dommage et malheureux que tu évalues les "médias web" comme étant non crédibles. Journalisme citoyen
Malgré que je sois un chantre (mettons) du journalisme citoyen, je ne vois pas ce qu'il y a d'insultant dans les propos de Jean-François.
Le journalisme citoyen et les blogues valent la peine pour les "exemples isolés" de succès, et pour les débats d'idées qu'ils engendrent. Il ne faut ni sombrer dans un discours gourouesque sur les médias sociaux comme panacée, ni à l'inverse, les considérer comme futiles. Nuançons, bondance (ça sonne bien). Une petite chose par contre : "Les gens ont fortement réagi, par exemple, quand j'ai dit qu'il n'était pas vrai que les journalistes ne savaient pas comment évaluer le degré de crédibilité à accorder à une information qu'ils trouvent sur un blogue qu'ils ne consultent pas régulièrement. Ils le savent très bien: il ne faut pas y croire, un point c'est tout." Dans certaines sphères, comme le sport, il peut arriver que les journalistes ne sachent pas évaluer le degré de crédibilité... Ecrivez un commentaire |





























