Tou.tv - Excellente nouvelle mais un défi de financement PDF Imprimer Envoyer
Blogues - Jean-François Codère sur le trottoir
Mardi, 26 janvier 2010 18:33

C'est une excellente nouvelle pour les internautes que le lancement ce matin, à la surprise de tous, de Tou.tv par Radio-Canada. Il reste à voir si ça en sera une aussi bonne pour les producteurs, les artisans et pour Radio-Canada elle-même.

Du jour au lendemain, sans avertissement, viennent d'apparaître en ligne quelque 2 000 heures d'excellente télévision. Il y en a pour tous les goûts, dont les miens : les quatre saisons de C.A., une de Découverte, trois de Les pieds dans la marge et 3600 secondes d'extase et bientôt, apparemment, Les Invincibles et Minuit, le soir (l'absolue meilleure de toutes).

Le tout est diffusé dans une qualité plus que décente : des vidéos encodées au format H.264, d'une dimension de 825 par 480 pixels et un débit, selon votre connexion d'un mégabit/seconde (Mbps), 800 kilobits/seconde (kbps) ou 500 kbps. Et le plus intéressant, c'est que le lancement de Tou.tv marque enfin le passage de Radio-Canada vers la technologie Flash d'Adobe, plutôt que Silverlight de Microsoft.

« Ce sera beaucoup plus simple à la fois pour les internautes et pour la société d'État elle-même », nous a confié Martin Delisle, directeur, production et exploitation, Internet et services numériques chez Radio-Canada. Progressivement, Flash devrait aussi remplacer Silverlight sur le Radio-Canada.ca.

Mais trêve de bavardage technique. Ce qui sera le plus intéressant à surveiller avec Tou.tv, c'est l'argent. Le vice-président principal de Radio-Canada, Sylvain Lafrance, a bien résumé la situation. « Comme tous les sites du genre, il est évident que celui-ci ne va pas s'autofinancer au début. Mais il y a un modèle d'affaires », a-t-il souligné.

Le vice-président principal de Radio-Canada, Sylvain Lafrance, lors du lancement mardi de Tou.tv. Photo Pascal Ratthé

Encore la pub

Ce modèle mise, sans surprise, sur la publicité. Il devrait y en avoir de tous les genres, a détaillé Geneviève Rossier, directrice de l'Internet et des services numériques à la SRC. On peut déjà voir plusieurs bannières et des publicités vidéo précédant les émissions (« pre-roll »). D'autres formats devraient apparaître avant longtemps, dont des publicités vidéo en milieu d'émission (« mid-roll ») et des publicités superposées (« overlay ») semblables à ce que l'on peut voir par exemple sur YouTube.

À n'en pas douter, il y a des revenus, et des bons, à tirer de Tou.tv. Le problème, c'est que si à l'heure actuelle on entrevoit à peine comment un tel site pourrait se rentabiliser lui-même, le portrait devient encore plus sombre quand on considère son impact potentiel sur les cotes d'écoute du grand frère, la première chaîne télé, le pain et le beurre de la SRC. Après tout, pourquoi prendre la peine de se précipiter à finir tout ce qu'il y a à faire pour s'installer sur le divan à temps quand on peut écouter le même épisode en ligne quelques minutes à peine après sa diffusion télévisuelle, ou le lendemain, ou quand bon vous plaira ?

La donnée manquante, bien sûr, c'est la compensation versée aux producteurs et aux artisans. Sans entrer dans les détails, Mme Rossier a laissé entendre que l'essentiel de la compensation des producteurs prendrait la forme d'un partage des revenus de publicité générés par leurs productions.

M. Lafrance a souligné la contribution des producteurs. « Le modèle actuel est en déclin, c'est évident. Il faut en trouver un nouveau. Il y a vraiment une maturité qui s'installe chez les intervenants du milieu, parce que tout le monde est conscient qu'il faut changer de modèle. »

Si, vraiment, les producteurs s'y sont mis et ont accepté de partager les risques en se contentant d'une entente de partage de revenus, on peut effectivement envisager un modèle d'affaires rentable quelque part. Sur papier, il n'y a pas de raison de penser que les cotes d'écoute globales d'une émission (télé et Web combinés) seraient inférieures à ce qu'elles étaient à la télé seulement. Si on parvient à convaincre les annonceurs de payer le même prix sur le Web et ce n'est pas un acquis même si, en théorie, on pourrait leur facturer davantage en invoquant un certain ciblage, tout le monde y aura gagné son compte.

Ce ne sera pas payant à court terme pour ces producteurs, et peut-être pas à moyen terme non plus. Mais ce serait sain de les voir ainsi partager des risques qui n'incomberont pas seulement aux diffuseurs. C'est aussi leur industrie qui est en péril.

L'ère de la gratuité

Même si le projet est des plus intéressants, on peut quand même regretter que la société d'État soit allée vers la « facilité » en rendant tout ce contenu accessible en ligne gratuitement. Pas que ce soit une erreur. On le ne sait pas encore en fait. Et justement, Radio-Canada semblait être dans une bonne position pour tenter le coup du payant.

D'abord, sa position de société publique lui impose un certain rôle de pionnier, d'explorateur. Ensuite, la majorité des émissions mises en ligne sont de haute qualité et plusieurs s'adressent, ou du moins rejoignent, un public éduqué et à bon revenu. Le genre de public qui est le plus susceptible d'accepter de payer pour quelque chose sur Internet et le plus ouvert au commerce électronique, comme l'a à nouveau confirmé une étude sur le commerce électronique au Québec dévoilée aujourd'hui.

« L'ère est à la gratuité », a justifié Sylvain Lafrance pour expliquer la décision, tout en ajoutant que le fait que Radio-Canada soit une société publique rendait justement plus difficile le fait de faire payer les internautes. C'est tout à fait vrai. Mais des décisions comme celle-là ne sont malheureusement pas susceptibles de faire changer la donne. Qui voudra, maintenant, tenter le coup au Québec et rivaliser contre un Tou.tv gratuit ?

Commentaires (9)

Flux RSS pour les commentaires

Affichez les commentaires
Pourquoi se limiter à Flash ? Linux, encore oublié.
0
Bonjour,

Je vous invite à consulter ce dossier que la communauté Linux et autres personnes intéressées constituent:
https://wiki.koumbit.net/touLibre

Le choix technologique de Radio Canada est surprenant, je vous invite à vous informer des enjeux de société reliés aux choix technologiques et politiques faits pour ce site.

Incroyable, en 2010 ils ont réussi à lancer un site qui ne fonctionne pas sur Linux, avec un format qui restreint les contenus produits avec l'argent de nos taxes.
Fabian Rodriguez , février 04, 2010
Pourquoi bloquer???
0
Pourquoi imiter les amaricains et bloquer le service en dehors du Canada? Et les Canadiens à l'étranger qui désirent voir leur émissions eux?

C'est vraiment à eux que ce service devrait être offert en premier, non??

RC devrait faire comme l'ONF et ouvrir à tous. L'ONF diffuse plus à l'étranger qu'au Canada!
wako901 , janvier 28, 2010
loin d'etre parfait
0
Bonne idée ca marche pas si pire sous windows. mais y'a pas juste MS dans la vie.. y'a de plus en plus de plateforme qui sont sur le net. donc dans mon cas le pc OK mais iphone... niet ok c apple qui veut pas du flash mais ca reste que apple est un gros joueur faut pas oublier.
Rod , janvier 28, 2010
Pas aux É-U
0
Un peu déçu.
J'y suis passé voir et écouter des émissions manquées mais puisque je suis en Californie pour le travail pendant quelques jours, je n'ai pas accès....
louis-philippe , janvier 27, 2010
Et les créateurs?
0
Le problème, c'est les petits créateurs qui y feront face à long terme. Car, sans subventions, ni gros noms pour attirer le public qui veut tout gratuitement, ils ne pourront pas éternellement tout faire avec peu ou pas de moyens.
E.F. , janvier 27, 2010
Mon choix
0
Le billet de Cuban est interressant, mais ne tient la route seulement si tout le monde conserve les mêmes habitudes d'écoute, transférer en mode streaming.... Ce que je doute. L'ère des réseaux sociaux liés 24h/24, et des technologies sans fil, permettent de se débarrasser du carcan primetime obligé, et de passer du mode zap au surf. L'égo se porte bien, et ma bulle-salon ne fait que s'étoffer. Fini les millions assis au même moment pour entendre la même histoire.
J'y mets le temps que j'ai, au moment que j'ai, sur des choses qui m'interresse, MOI!
Le choix du gratuit facilite de beaucoup la tâche du bouche à cliques, car partager, c'est gratuit et ça fait tellement du bien!
Aller, j'update mon statut: "... bientôt, par le truchement du PS3... Les Invincibles!!"
TikiBen , janvier 27, 2010
Pas si vite!
0
@Nicky Balsamo

J'ai déjà pensé ça aussi, mais mon collègue Dom Fugère m'a refilé ce billet de Mark Cuban, qui en connaît un brin sur la webdiffusion:
http://blogmaverick.com/2010/01/13/think-the-internet-will-replace-cable-read-this-first/

Conclusion: flushez pas votre abonnement tout de suite (mais vous avez le droit de lâcher Vidéotron pour Bell pendant le conflit smilies/tongue.gif)

P.S.: Dommage, je ne crois pas qu'Omertà soit au programme de Tou.tv...
JF Codère , janvier 26, 2010
Pas les moyens
0
Je suis un vrai accro à la télévision et aux productions québécoises, mais je n'ai pas pour autant les moyens de payer pour le site Web, aussi moindre que soit la somme (et en plus, pas de cartes de crédit). C'est comme si YouTube devenait payant : ça ne marcherait pas autant que le YouTube gratuit. La SRC doit rejoindre le plus de monde possible, donc ce service devrait rester gratuit.
Commentateur , janvier 26, 2010
cable VS internet
0
Pourquoi donc payer pour un service de cablodistribution quand on a internet?

La révolution des medias est en cours...
Nicky Balsamo , janvier 26, 2010

Ecrivez un commentaire

Réduire l'éditeur | Agrandir l'éditeur
security image
Entrez les caractères affichés

busy