| Les bébés du lock-out |
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| Blogues - Bertrand Raymond sur le trottoir | |||||||||||||||||
| Lundi, 11 janvier 2010 10:41 | |||||||||||||||||
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J’espère que Pierre Karl Péladeau, qui n’a aucune idée de quoi sont faits les fidèles employés qu’il a mis à la rue, n’est pas allé jusqu’à s’imaginer qu’ils seraient moins productifs une fois dehors.
Quebecor croyait que nous étions contre la création d’un site Internet. Allô, la Terre, ici RueFrontenac.com. Quebecor s’imaginait sans doute que les vrais bâtisseurs du Journal de Montréal, un quotidien qui a été pendant longtemps l’épine dorsale qui a permis au regretté Pierre Péladeau d’ériger tout le reste, allaient ramper, à genoux dans la slush, devant le nouveau roi de l’Empire. Ça bouge chez nous. Il y a de la vie sur Rue Frontenac. On ne se limite pas à évaluer les conséquences d’un conflit qui s’éternise. On ne braille pas sur du lait renversé. Bien sûr, on s’inquiète toujours un peu des lourdes conséquences qu’un arrêt de travail entraîne. Il arrive qu’on manque d’appétit et qu’on dorme peu, ce qui a parfois ses bons côtés si on en juge par l’arrivée de quelques nouveau-nés. Il y a eu les enfants du verglas. Il y a maintenant les bébés du lock-out. Ils sont huit à pouvoir dire qu’ils ont, à leur façon, préféré la pouponnière à la ligne de piquetage.
Aux sports, Jonathan Bernier, Dave Lévesque et Charles Rooke sont déjà papas, même chose pour le photographe Hugo-Sébastien Aubert. À la nouvelle générale, Maude Goyer s’est offert son deuxième enfant. Martine Tremblay, une jeune surnuméraire à la comptabilité, a été la première maman du lock-out et, avant bientôt, il faudra planifier des showers pour Myriam Lafrenière, une réviseuse enceinte de cinq mois, et pour la conjointe du journaliste Philippe Renault, qui accouchera d’un garçon en mars. En tout, d’ici quatre mois, cinq garçons et trois filles auront vu le jour sur Rue Frontenac. Huit enfants à qui on pourra un jour raconter les circonstances particulières de leur naissance et qui sauront que leurs parents n’ont pas manqué de courage dans les circonstances. Parader avec son gros ventre Myriam Lafrenière ne s’en cache pas, l’enfant qui va naître dans quatre mois, une fille, constitue la surprise de sa vie. Elle ne s’attendait pas à cela. En raison du lock-out, elle avait reporté ce projet à plus tard. Son chum est un employé temporaire à Radio-Canada. Elle était elle-même à la rue. Ils avaient donc estimé qu’une mère en lock-out et un père au statut incertain, ça ne fait pas des enfants forts. « Cependant, plus je me fais à l’idée et plus c’est agréable, raconte-t-elle. Je la sens bouger dans mon ventre ; c’est plus concret. Finalement, ça ne va pas si mal. J’effectue des petits travaux à gauche et à droite et mon conjoint a toujours son job. Ça devrait bien se passer. » Elle a 32 ans. Elle aurait pu remettre ça d’une année à l’autre jusqu’à ce qu’il soit finalement trop tard. Elle résume son coup de chance imprévue dans un style plutôt coloré : « Des fois, c’est bien d’avoir un accident… » Elle a l’intention de se présenter sur les lieux de son travail, au local des syndiqués, pour y effectuer son boulot, et ce, jusqu’à l’heure de l’accouchement. « De toute façon, j’aime bien faire ma fraîche et parader avec ma craque et mon gros ventre », avoue-t-elle avec un sourire qui témoigne de sa joie de vivre. La vie est trop courte pour… Dave Lévesque, qui rêve d’un poste régulier aux sports, est âgé de 36 ans. Heureusement, tout en travaillant au Journal, il n’avait pas abandonné son travail permanent de rédacteur en chef du site Web à MusiquePlus, ce qui lui vaut de profiter d’une certaine sécurité financière. Son fils Noah est né le 6 décembre. L’incertitude qui règne dans son milieu n’a jamais influencé la décision du couple d’avoir son premier enfant. « La vie est trop courte pour qu’on s’interroge là-dessus, explique-t-il. On ne laissera pas l’Empire nous empêcher de vivre notre vie. J’espère juste être rappelé quand tout cela prendra fin. En attendant, il y a beaucoup plus de vie dans la maison. » Des amants de la moto
Le photographe Hugo-Sébastien Aubert et sa conjointe Nathalie n'oublieront pas de sitôt leurs vacances de l'automne dernier en moto dans les Maritimes. C'est précisément à ce moment que Thomas, né le 30 mai, a été conçu. « Nous voulions avoir un enfant et j'avoue que nous n'avions pas pensé à la possiblité d'un lock-out, explique Hugo-Sébastien, un employé du journal depuis 2003. La nouvelle nous a un peu stressés, mais comme Nathalie jouit de bonnes conditions chez son employeur, Gaz Métro, nous avons quand même pu envisager l'avenir avec un certain optimisme. » Les bébés de l’année À leur façon, les nouveau-nés de Jonathan Bernier, journaliste aux sports, et Martine Tremblay, surnuméraire à la comptabilité, pourraient être qualifiés de bébés de l’année. Ils ont été les deux premiers nés du lock-out, à quelques heures d’intervalle, le 9 avril. Samuel, fils de Martine, a été le plus jeune à marcher sur Rue Frontenac. Il a fait du piquetage dans le ventre de sa mère durant les premiers jours du lock-out. Quant à Jonathan, il s’agit de son troisième enfant. Il ne voit pas Antoine uniquement comme un bébé du lock-out. Le soir, quand il retourne à la maison, ses trois enfants ont la même importance à ses yeux. Ils l’aident à oublier ce qui se passe et à prendre la vie du bon côté.
Tant d’incertitude Maude Goyer a été une journaliste permanente du Journal de Montréal. Et une bonne. Elle y est entrée à 21 ans. Puis, elle est partie parce qu’elle avait le goût d’explorer d’autres avenues. Elle nous est revenue en 2005 parce que c’était là où elle était la plus heureuse. « Quand je suis revenue, l’entente entre les collègues était exceptionnelle, précise-t-elle. Ce lock-out le prouve. À leur retour, les gens seront encore plus tissés serrés. » La petite poupée de Maude a vu le jour le 18 septembre. Romy a été conçue tout juste avant le début du lock-out. Elle savait que le conflit était inévitable, mais elle désirait ce deuxième enfant. C’était le bon moment, selon elle. « Tant qu’à être au point mort professionnellement, j’ai trouvé que le moment s’y prêtait bien, dit-elle. Les enfants (elle a aussi un fils de trois ans, Sacha) me tiennent très occupée. Je suis dans le jus, mais je vis intensément le moment présent parce qu’il s’agit de mon deuxième et dernier enfant. » Pour l’instant, elle a deux merveilleuses raisons de rester à la maison. L’arrivée de Romy, notamment, remplit pleinement ses journées. « J’ai autre chose qui me nourrit, souligne-t-elle. Qu’on le veuille ou non, le lock-out, le piquetage et les manifestations ont un aspect négatif et déprimant. Personne n’aime faire la file pour recevoir son chèque. Mon salaire, c’est ma petite fille, que j’allaite et qui me fait de merveilleux sourires. C’est très valorisant. »
Une écographie en Afrique Le journaliste Philippe Renault, sans doute dans un moment de nervosité, me dit qu’il attend un bébé en mars prochain. J’espère pour lui que l’accouchement ne sera pas trop compliqué. Blague à part, sa conjointe est ingénieure, un emploi rassurant pour le moment. Enceinte, elle a passé l’automne au Mali, en Afrique. Il est allé lui tenir compagnie en novembre. C’est à cet endroit qu’elle a passé une échographie. Le verdict leur a plu : « Je vois un zizi », leur a dit le médecin. Philippe a 29 ans. Plusieurs surnuméraires ne l’auront pas facile à l’issue du conflit. Il pourrait avoir à changer des couches pendant longtemps. Pour l’instant, il ne pense qu’à voir la binette de son fils. Parlant de couches… Charles Rooke, un colosse aux allures de macho, vient de plier les genoux. C’est fou ce qu’un homme peut s’attendrir quand on lui dépose dans les mains un poupon rose, comme cela s’est produit le 21 décembre quand la petite Alyzée a vu le jour.
Ça change une vie, un événement comme celui-là. À 32 ans, le gros Charles vient d’hériter d’un nouveau contrat. Il ne le dit pas trop fort à ses chums, mais il va même jusqu’à changer des couches. « Je ne l’avais pas fait dix fois encore que mon père m’a fait remarquer qu’il ne l’avait pas fait aussi souvent durant toute sa vie », raconte-t-il en souriant. Le lock-out ne l’a jamais fait réfléchir sur la question. Il ne pouvait quand même pas attendre jusqu’à 40 ans pour avoir des enfants. « On parle d’un lock-out qui pourrait durer deux ou trois ans, lance-t-il sur un ton pessimiste. On y pense toujours. Ça nous trotte dans la tête quand on se couche le soir. Cependant, quand Alyzée dort dans son berceau près de nous, on ne pense à rien d’autre. » Maman Dominique ne l’a pas eue facile. Elle a accouché d’une fille qui, espérons-le, n’aura pas la carrure de son père, elle qui pesait déjà huit livres et demie et qui mesurait 21 pouces et demi. L’attente leur a paru interminable. Le travail a duré 37 heures et demie réparties sur deux jours, ce qui devrait rassurer le chef de l’Empire. Quand l’enjeu y est, les artisans de RueFrontenac.com ne comptent pas les heures. Oups... De là-bas, il a levé la main. «Hé, les amis, nous avons eu un enfant durant le lock-out, nous aussi.» Mathieu Bélanger, un journaliste discret, travaille au loin. Il est notre correspondant parlementaire à Ottawa. Dans les circonstances, pas étonnant que la naissance d'un premier enfant ait passé sous le radar à RueFrontenac. Sa blonde, Justine, est journaliste au Droit d'Ottawa, là où s'amorcent des négociations qui s'annoncent difficiles. Heureusement, leur fille, Ariane, née le 18 avril, leur permet de vivre plus sereinement cet inquiétant look-out. Cela porte donc à neuf le nombre de bébés du lock-out, soit cinq garçons et quatre filles.
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Commentaires (14)Flux RSS pour les commentairesAffichez les commentaires Bravo à vous!
Je suis désabonné du JdeM depuis un an et je suis heureux de faire parti des amis de votre journal pour la modique somme de 25$. C'est ce que me coûtais mon abonnement mensuel. Je vous lis à tous les jours.
Longue vie à vous! Bonne chance à Charles Rooke
Bertrand, moi la premère fois que j'ai chngé une couche, mon fils Yan (1 mois) m'avait pissé dans la figure et ca vais été la fin pour moi le changement de couche :-)
L'avenir
Oubliez le piquetage et oubliez le JdM. Vous avez maintenant une excellente crédibilité avec Rue Frontenac. Capitalisez là-dessus pour vendre de la publicité et laissez sécher PKP. L'avenir est aux journaux électroniques.
Beaucoup de courage !
Bonsoir monsieur Raymond.
Merci d'avoir partagé avec nous ces beaux moments de votre équipe du journal. Je vous à tous un règlement du conflit et ce,à votre avantage. J'ai eu la malchance de vivre une grève,et du piquetage l'hiver,nous y avons goûté... Au surplus,nous avons quand même tous perdu nos emplois grâce aux manoeuvres douteuses de l'entreprise en question. Alors vous avez mon appui à 200 % ! Un règlement du conflit pour 2010 ! La fin approche
êtes-vous au courant que votre employeur distibue gratuitement des journaux, en alternance à certaines adresse. Je le reçoit depuis 2 jours, 96 pages, en majorité de la pub. Vous n'y êtes pas et les patrons ne savent plus quoi dire. Je pense à vous et ces petites bouches à nourrir. Bon courage, ça s'en vient.
Stephane Auger
J'aimerais que vous verifieriez la fiche du CH lorsque Stephane Auger est dans l'alignement (arbitre) au cours des 3 dernières années.Merci.
Cessons d'encourager l'Empire
Je me demande après le lock out du Journal de Quebec, celui du Journal de Montreal, et tout les exemples d'intimidations comme ceux mentionnés par Jean-François Coderre dans son article d'aujourd'hui, comment les gents font pour continuer d'acheter les publications de Quebecor et d'écouter les émissions de propagande de TVA. Bravo à votre équipe de lui tenir tête et je tiens à rappeler à tout le monde que vous pouvez faire un don à ruefrontenac.com en devenant un ami et ainsi contribuer à aider l'équipe à continuer leur combat contre l'empire.
Parlez humain pour ramener l'humain?
Grand coup d'chapeau à vous Monsieur Raymond et à toutes les mamans et tous les papas du lock-out.Pierre-Karl et Julie étant eux-même parents peut-être que de leur parler de la VRAI vie ler fera oublier les livres comptables. Lâchez-pas! Le bon sens fini par jaillir du coeur des vrais hommes.
Le plus beau pied de nez à Péladeau !!!!!
On est habitué à vous suivre ceux que j'appelle mes "Stars" (Touchette, Leclerc, Raymond et Rousseau pour ne nommer que ceux des sports) mais comme il est rafraichissant de voir les visages des artisants qui travaillent avec ou derrière vous. Moi aussi j'ai vécu un lock-out de 6 mois en 1993, 6 gros mois d'incertitude.
Le message que ces jeunes passent à PKP est fort. "C'est pas parce que tu veux nous exterminer qu'on va se laisser faire et qu'on va arrêter de vivre". Ils ont chosi de continuer à vivre et il n'y a pas de message plus fort que ça. Je vous lis, et je vais continer à vous lire que ce soit sur le web ou sur papier. Je suis bien fier de dire que pas une fois j'ai acheté "l'Oeil de Beloeil" depuis le bébut du lock-out. Par contre je fais mon tour quotidien sur Ruefrontenac.com. Dit aux jeunes de na pas lâcher la bêtise finira bien un jour. D'autres dictateurs avant lui on frappé un mur. Son tour va venir !!! Super...
Vous êtes vraiment courageux! J'espère que vous aurez un jour ce que vous méritez.
Ne lâchez pas! Bon courage !
Super la gang ! Lâchez pas, on vous aimes et on vous supportes !!
ex-lecteur-du-journal-de-montreal ;-) Bravo !
Bonjour Monsieur Raymond...
Je dois vous avouer que votre chronique m'a profondément touché.Vous avez le don et la facilité de mettre en évidence tout l'aspect humain d'un conflit qui s'éternise d'une façon totalement démesurée. Inutile de vous dire que je souhaite à toute l'équipe que l'année 2010 leur permettra de connaître des jours meilleurs et surtout un règlement de cet arrêt de travail qui devient de plus en plus intolérable. A vous tous, bonne chance et bon courage ! Ecrivez un commentaire |

































